Désigné par le gouvernement congolais comme un acteur déstabilisateur de la région des Grands Lacs, le président rwandais Paul Kagame se montre inébranlable. Mis sous pression par la communauté internationale pour retirer ses troupes du territoire congolais, il a rappelé mercredi aux facilitateurs de l’Union africaine que le Rwanda maintiendra sa posture tant que les causes profondes du conflit ne sont pas résolues.
Par « causes profondes », l’homme fort de Kigali, qui s’est entretenu avec l’ancienne présidente de l’Éthiopie Sahle-Work Zewde de l’Éthiopie, l’ancien président du Kenya Uhuru Kenyatta du Kenya, l’ancien président du Botswana Mokgweetsi Masisi du Botswana, ainsi que Yackoley Kokou Johnson, vice-ministre togolais des Affaires étrangères, fait principalement allusion à la « présence continue » des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) dans l’est de la République démocratique du Congo.
« Leurs discussions ont porté sur le processus de paix mené par l’UA et sur les prochaines étapes à franchir pour parvenir à une paix et une stabilité durables dans l’est de la RDC, notamment en s’attaquant aux causes profondes du conflit », a rapporté la présidence rwandaise.
Selon Kagame, les FDLR, groupe armé fondé par des extrémistes hutus ayant fui le Rwanda après avoir participé au génocide des Tutsis en 1994, représentent une menace sécuritaire directe et existentielle. Ainsi, soutient-il, une paix durable exige d’agir sur l’origine du problème, en neutralisant définitivement ce mouvement et en prenant en compte des préoccupations sécuritaires et des discriminations visant les populations rwandophones dans l’est de la RDC.
En février 2026, il avait même accusé le gouvernement congolais d’avoir intégré ces rebelles au sein des Forces armées de la RDC, rejetant la thèse d’une guerre économique. « Nous, un petit pays comme le Rwanda, devons pouvoir nous y opposer. Ils prétendent que nous sommes au Congo à la recherche de minéraux. Que c’est ce qui cause nos problèmes avec le Congo. Ils disent que notre pays, le Rwanda, est petit et que nous voulons aller au Congo pour l’agrandir. Mais ils tentent d’éluder le véritable problème, qu’ils connaissent eux-mêmes et dans lequel ils sont impliqués, concernant la milice Interahamwe présente au Congo. Les Interahamwe s’y étaient installés. Ils étaient armés, qu’ils soient déjà sur place ou nouveaux venus ; certains étaient intégrés à l’armée congolaise, tandis que d’autres opéraient à ses côtés », avait-il déclaré lors de son discours sur l’état de la nation.
De son côté, Kinshasa mène une offensive diplomatique d’envergure pour faire valoir ses efforts dans la résolution de la question des FDLR. Les autorités congolaises cherchent ainsi à ôter définitivement l’argument sécuritaire brandi par Kigali pour justifier l’incursion de ses troupes et son soutien aux rebelles de l’AFC/M23.
Entre fin septembre et début octobre, le ministre congolais en charge de l’Intégration régionale s’est rendu en Angola, au Togo, au Congo-Brazzville et en Ouganda, pour démontrer que son pays exécute ses engagements pris dans le cadre de l’accord de paix de Washington. Le message congolais est sans équivoque : le processus est en marche, les combattants acceptent de déposer les armes dans des sites sécurisés avant leur retour non forcé au Rwanda.






