La présence militaire du Rwanda dans l’est de la RDC demeure au cœur de la discorde entre Bruxelles et Kigali. Le gouvernement belge insiste sur le respect de l’intégrité territoriale congolaise, qui renvoie notamment au retrait des troupes rwandaises, alors que l’administration Kagame conditionne toujours la fin de ses opérations à la neutralisation des FDLR et à la satisfaction des revendications de l’AFC-M23. Un désaccord profond qui a été étalé en marge du rendez-vous diplomatique le plus important de la planète, à New York, qui réunit des dirigeants du monde entier pour discuter des grands défis de la paix, du climat et du développement.
La Belgique et le Rwanda ont choisi le moment le plus intense de l’année diplomatique pour annoncer le rétablissement de leurs relations diplomatiques, rompues unilatéralement en mars 2025 par l’administration Kagame qui accusait Bruxelles d’alimenter une campagne internationale hostile à Kigali suite à l’offensive militaire rwandaise dans l’est de la RDC.
Le chef de la diplomatie belge, Maxime Prevot, a indiqué que la reprise du dialogue entre les deux pays est l’aboutissement d’un processus de franches discussions mené avec son homologue rwandais Olivier Nduhungirehe.
Cependant pour plusieurs analystes, il s’agit d’un « réchauffement de façade », car la Belgique et le Rwanda ne s’accordent toujours pas sur le principal point de friction : la guerre injuste menée par les Forces rwandaises de défense (RDF) contre la République démocratique du Congo.
À New York, le gouvernement belge a réaffirmé son attachement au droit international qui considère l’agression est considérée comme la forme la plus grave du recours illicite à la force et le « crime contre la paix » par excellence. Or, l’action du Rwanda en RDC viole l’article 2 de la Charte de l’ONU qui interdit formellement aux États de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre État.
« Rétablir des relations diplomatiques entre États ne signifie pas renier nos positions mais disposer de canaux structurés de dialogue, et je continuerai à défendre l’intégrité territoriale et la souveraineté de la RDC », a précisé le ministre belge des Affaires étrangères, assurant que Bruxelles et Kigali ont convenu de l’importance de dialoguer systématiquement sur ce dossier.
Favorable à une solution politique de la crise rwando-congolaise, la Belgique dit vouloir utiliser son expertise dans la région pour soutenir au mieux les efforts de méditation. « Nous continuerons d’exhorter au respect strict des engagements pris par toutes les parties dans le cadre des processus de Doha et de Washington », a souligné Maxime Prevot.
Le Rwanda n’a pas tardé à réagir à la position belge, confirmant leurs divergences sur le conflit armé dans l’est de la RDC. Fidèle à sa rhétorique, Kigali refuse de porter la responsabilité de la guerre. Sans évoquer le retrait de son armée, exigé notamment par l’ONU, le gouvernement rwandais a affirmé qu’une paix durable dans la région ne sera garantie que par « la neutralisation des FDLR » et la prise en compte des préoccupations des rwandophones congolais portées par l’AFC-M23.
Malgré l’annonce du rétablissement des relations diplomatiques, les deux pays peinent à s’accorder sur l’est de la RDC. La Belgique semble toutefois avoir renoncé à ses pressions sur le pays de Paul Kagame. La crise est désormais abordée avec circonspection. Pendant ce temps, le Rwanda continue de tirer un profit stratégique et économique de l’instabilité chronique dans l’est de la République démocratique du Congo. L’exploitation et la contrebande de minerais précieux (coltan, or, 3T) provenant de l’est de la RDC alimentent une économie de guerre. Ces flux illégaux traversent souvent les frontières pour être exportés depuis le Rwanda, profitant de taxes et de circuits plus avantageux qu’au Congo.




