Le président rwandais Paul Kagame, identifiant la cause de la milice M23 à la sécurité et à l’existence même du Rwanda, a « formellement et définitivement décongolisé ce mouvement », analyse Jean-François Le Drian, spécialiste dans la géopolitique de la région des Grands Lacs.
Réunissant les cadres de son parti FPR, vendredi dernier, dans le contexte de fortes pressions américaines sur le Rwanda suite à ses opérations militaires dans l’est de la République démocratique du Congo, le président Kagame a déclaré : « Quand ils ont dit qu’ils allaient faire disparaître le M23, ils voulaient dire même le Rwanda : Nous allons vous faire disparaître « .
Cette déclaration a été soigneusement analysée par le Français Jean-François Le Drian. Selon lui, Kagame ne présente pas le M23 comme un simple groupe rebelle congolais autonome, mais comme un enjeu existentiel pour Kigali.
« Pire, formellement et définitivement, il vient de décongoliser ce mouvement, en faisant de son sort une question existentielle pour le Rwanda lui-même », a-t-il décelé, expliquant que, c’est une façon de justifier le soutien (officiellement nié, mais largement documenté par l’ONU et d’autres) en le transformant en question de survie nationale.
« En définitive, aux yeux de Kagame, la fusion entre le M23 et le Rwanda est totale et indissociable. Ces quelques minutes de discours ont eu un effet puissant et révélateur. Elles ont officiellement acté ce que beaucoup savaient déjà : le M23 n’a jamais été un mouvement d’aspiration congolaise », a conclu le commentateur très actif de la crise sécuritaire rwando-congolaise.
Les relations entre le président rwandais et la rébellion du M23 sont au cœur de la crise sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo. L’ONU et de nombreux observateurs internationaux accusent Kigali de parrainer directement ce groupe armé. Le président Kagame nie ces accusations mais a exprimé publiquement une certaine « sympathie » pour le mouvement tutsi.
Paul Kagame rejette l’implication directe de l’armée rwandaise, mais il justifie régulièrement les actions du M23 comme une réponse à la persécution des populations congolaises rwandophones et pointe la menace des FDLR. Il a notamment déclaré que « vouloir faire disparaître le M23, c’est aussi vouloir faire disparaître le Rwanda ».
Face à une pression internationale accrue, incluant des sanctions diplomatiques et des restrictions, le président Kagame a publiquement reconnu que ces mesures commençaient à peser sur le Rwanda.
L’invasion rwandaise de la RDC a entraîné le déplacement de centaines de milliers de personnes et continue d’alimenter une grave crise humanitaire et diplomatique dans la région des Grands Lacs.






