La situation des droits de l’homme dans l’est de la RDC, région occupée partiellement par l’armée rwandaise et les rebelles du M23, a été au cœur du dialogue intéractif renforcé de l’ONU à Genève, ce lundi 29 juin 2026. Présentant son rapport devant le Conseil, le président de la Commission d’enquête indépendante des Nations unies sur la situation des droits de l’homme dans les provinces du Nord-Kivu et Sud-Kivu a confirmé la « gravité exceptionnelle » de la crise et la nécessité opérationnelle d’une enquête crédible, indépendante et centrée sur les victimes.
Empêchée de se rendre à Goma, capitale du Nord-Kivu contrôlée par la coalition RDF-M23, lors de sa première mission, la commission a annoncé avoir dalogué avec les survivants, de hauts responsables gouvernementaux, des acteurs de la société civile, des entités des Nations Unies, des diplomates et l’institution nationale des droits de l’homme. Elle a également rencontré à Kinshasa les personnes et des organisations de Goma et d’autres régions relevant de son mandat, prévoyant d’intervenir directement au Nord-Kivu et au Sud-Kivu dès que les conditions le permettront.
Selon Arnauld Akodjenou, président de la commission d’enquête, les informations reçues font état d’une crise multidimensionnelle touchant les civils, aggravée par les déplacements de population, les maladies, l’affaiblissement des institutions et un contexte régional complexe.
« Les informations qui nous ont été communiquées révèlent une situation d’une gravité exceptionnelle. Nous avons reçu des témoignages profondément troublants concernant des enfants, des violences sexuelles liées au conflit, notamment l’esclavage sexuel, le recrutement forcé, les homicides illégaux, les arrestations arbitraires et les attaques contre des écoles et des établissements de santé », a-t-il déclaré devant le Conseil des droits de l’homme.
Les enquêtes étant encore à leurs débuts, la commission n’est pas encore en mesure de se prononcer sur la nature ou l’étendue des violations, ni de tirer de conclusions définitives. « La commission ne préjuge pas des faits ni des responsabilités », a précisé la commissaire Maxine Marcus, convaincue que la reddition de comptes commence par l’écoute des victimes et des survivants, le respect de leur dignité et la garantie que leurs expériences ne soient ni ignorées ni effacées.
« Une approche centrée sur les victimes et les survivants et tenant compte des traumatismes n’est pas un ajout ; elle est essentielle à la manière dont nous établissons les faits, préservons les preuves et contribuons à la justice, à la reddition de comptes et à la prévention », a-t-elle expliqué.
La commission dit avoir reçu des informations faisant état d’obstructions à l’accès humanitaire, de mauvais traitements dans des lieux de détention fonctionnant en dehors des garanties appropriées de l’état de droit, et de menaces et d’intimidations à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme, des journalistes et d’autres personnes documentant ou signalant des violations.
« Aucune victime, aucun témoin, aucun défenseur des droits de l’homme, aucun journaliste ni aucun représentant communautaire ne devrait faire l’objet d’intimidation, de représailles ou de mesures de rétorsion pour avoir collaboré avec les mécanismes des Nations Unies, y compris cette Commission », a renchéri le commissaire Clément Nyaletsossi Voule.
Créée par le Conseil des droits de l’homme pour enquêter sur les violations et les abus présumés du droit international des droits de l’homme et du droit international humanitaire au Nord et au Sud-Kivu, la Commission a tenu plus de 50 consultations en ligne et plus de 30 réunions en personne avec divers interlocuteurs.
L’équipe dirigée par Arnauld Akodjenou a souligné l’absolue nécessité de placer les victimes au centre de tous les efforts de responsabilisation et a appelé les autorités nationales et la communauté internationale à traiter la crise avec une extrême urgence et à prendre des mesures concrètes pour préserver les couloirs humanitaires, protéger les observateurs locaux des droits de l’homme vulnérables et soutenir des enquêtes crédibles et indépendantes.
Face à la gravité de la crise, elle a réaffirmé son engagement à établir les faits de manière indépendante, impartiale et avec le sérieux et l’urgence requis, conformément à son mandat et aux meilleures pratiques internationales en matière de collecte, de conservation et d’analyse des informations et des éléments de preuve. Elle a ainsi invité tous les acteurs concernés à coopérer pleinement à ses travaux.






