Dans l’est de la RDC, région qualifiée de « scandale géologique » en raison de son abondance en minerais stratégiques, la présence des Forces démocratiques de libération du Rwanda (Rwanda) ne constitue qu’un « alibi » utilisé par l’administration Kagame pour y intervenir militairement et maintenir son influence économique. Ce coup de gueule du chef de la diplomatie burundaise a provoqué l’ire du Rwanda, qui a traité le Burundi d’ « incapable » de gérer l’Union africaine, organisation qui « a adopté de multiples résolutions condamnant les FDLR, force génocidaire, et appelant à leur désarmement et à leur rapatriement ».
Dans un contexte régional très tendu, marqué par l’offensive des rebelles du M23 soutenus par l’armée rwandaise dans les provinces orientales de la RDC, le ministre burundais des Affaires étrangères, Edouard Bizimana, a touché la corde sensible, poussant le Rwanda à sortir de ses gonds.
Remuant le couteau dans la plaie, le chef de la diplomatie burundaise qui dirige également le Conseil exécutif de l’Union africaine a affirmé avec force que « les FDLR ne sont qu’un alibi utilisé pour dissimuler les véritables motivations de la guerre imposée au peuple congolais ». De son avis, l’argument rwandais selon lequel ce mouvement est une menace existentielle ne sert que d’écran de fumée pour masquer des visées d’exploitation et de contrôle des ressources naturelles et minières de la RDC. Ainsi, estime-t-il, « toute solution durable devrait tenir compte de cette réalité ».
Ayant perdu son sang-froid, le Rwanda s’en est vivement pris au Burundi. « Il est consternant de constater que le président de l’Union africaine, dont l’armée collabore avec les FDLR dans l’est de la RDC, continue de nier l’existence d’une force génocidaire qui a été condamnée à plusieurs reprises par l’organisation même qu’il préside. L’Union africaine devrait faire preuve de sérieux et éviter, à l’avenir, de confier les rênes de notre précieuse organisation à des personnes qui n’ont manifestement pas la capacité de la diriger », a tonné Olivier Nduhungirehe, ministre rwandais des Affaires étrangères.
Dans sa réaction, Kigali a rappelé que l’organisation continentale, par sa médiation, soutient sans réserve les Accords de Washington, signés en présence du président burundais Évariste Ndayishimiye, dans lesquels le gouvernement congolais s’est engagé à neutraliser les FDLR.
« Comment se fait-il alors qu’Édouard Bizimana, dont le pays n’est pas signataire de ces accords, puisse affirmer sans fondement que les FDLR constituent un « alibi » (quel que soit le sens qu’on lui donne) ? » s’est interrogé le chef de la diplomatie rwandaise.
Le Rwanda et le Burundi sont directement impliqués dans le conflit qui sévit dans l’est de la RDC. Si l’armée burundaise y intervient officiellement en soutien aux forces armées de la RDC, les troupes rwandaises par contre appuient la rébellion M23 en violation de la charte de l’ONU et de l’acte constitutif de l’UA.
Le gouvernement rwandais invoque la présence des FDLR, un groupe armé dont certains fondateurs ont participé au génocide de 1994 au Rwanda, cmme une menace directe à sa sécurité nationale pour justifier ses incursions ou son soutien aux rébelles.
Dans la foulée des Accords de paix négociés à Washington, le gouvernement congolais a conclu un protocole avec une faction politique des FDLR prévoyant leur désarmement, leur démobilisation et leur cantonnement dans des sites sécurisés. L’objectif affiché par Kinshasa à travers ces opérations de neutralisation est de priver définitivement le Rwanda de son argument sécuritaire pour exiger ensuite le retrait total des troupes rwandaises et stabiliser la région.




