Proposée par le président congolais Félix Tshisekedi, dans son message lu devant le Conseil de sécurité de l’ONU par la ministre des Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba, l’idée d’une nouvelle doctrine internationale faisant de la gouvernance des ressources naturelles un enjeu central de paix, de sécurité et de développement a été rejetée par la Russie, qui a rappelé que la résolution 1803 (XVII) de l’Assemblée générale des Nations Unies, adoptée en 1962, demeure le document international fondamental régissant la souveraineté des États sur leurs ressources naturelles.
Pour Moscou, il incombe aux États eux-mêmes, au premier chef, de gérer souverainement leurs ressources naturelles et de déterminer comment les développer et les utiliser conformément à leurs intérêts nationaux et à leurs priorités de développement.
« Nous sommes convaincus qu’il n’existe pas, et qu’il ne saurait exister, de modèle universel de gestion des ressources naturelles qui convienne à tous. Nous avons constaté que certains experts et représentants des États membres affirment en réalité que la souveraineté des États sur les ressources naturelles n’est pas un impératif et ne peut s’exercer que s’il existe une forme de « bonne gouvernance », garantissant la « transparence » et la « traçabilité ». Nous ne pouvons souscrire à une telle approche », a déclaré mercredi le représentant permanent adjoint Dmitry Chumakov lors d’une réunion d’information du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la gouvernance des ressources naturelles comme fondement de la paix, de la sécurité et de la prospérité.
Aux yeux de la Russie, l’imposition de ces conditions reflète la même attitude prédatrice notoire envers les pays du Sud, constatée depuis plus de 500 ans. Un exemple révélateur à cet égard est, a-t-il évoqué, la répartition des recettes issues de la vente d’un paquet de café standard.
« Selon l’Organisation internationale du café, le marché mondial de ce produit a été estimé ces dernières années à environ 200 milliards de dollars. Pourtant, les pays producteurs ne perçoivent qu’environ 20 milliards de dollars de recettes d’exportation, soit à peine un dixième du total. Les anciennes puissances coloniales sont parfaitement conscientes de ce déséquilibre, car il ne s’agit pas d’un problème nouveau : des experts de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) l’évoquaient déjà en 2007. Des mesures ont-elles été prises ces vingt dernières années pour corriger cette injustice ? – C’est une question rhétorique. D’après les dernières données de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), les économies de 46 États africains – soit la quasi-totalité du continent – sont tributaires des exportations de matières premières. Vingt de ces pays dépendent plus particulièrement des exportations de minéraux non transformés. La persistance de cet ordre économique néocolonial, qui prévaut dans l’extraction des matières premières des pays du Sud, démontre que la décolonisation n’a jamais été véritablement achevée. Dans ces conditions, il est impossible d’envisager un partenariat authentique ou une lutte efficace contre la pauvreté. Dès lors, les mécanismes de « bonne gouvernance », de « transparence » et de « traçabilité » actuellement débattus risquent de devenir non pas des instruments de paix, mais de nouvelles formes de contrôle extérieur », a-t-il expliqué.
Dans ce contexte, le diplomate russe a rappelé l’une des dispositions clés de la résolution 1803 (XVII) de l’Assemblée générale, qui stipule que la coopération internationale en faveur du développement économique des pays en développement, que ce soit sous forme d’investissements de capitaux publics ou privés, d’échanges de biens et de services, d’assistance technique ou d’échanges d’informations scientifiques, doit favoriser leur développement national indépendant et reposer sur le respect de leur souveraineté sur leurs richesses et ressources naturelles.
La Russie se dit convaincue que la coopération internationale en matière de gouvernance des ressources naturelles devrait s’articuler autour du renforcement des capacités industrielles et scientifiques des États, de l’amélioration de leurs institutions d’administration publique, de la fourniture d’une assistance technique et du soutien aux efforts de lutte contre l’extraction illégale et le trafic transfrontalier de ressources naturelles, tout en abordant la question de la libre circulation des capitaux, qui suscite de vives inquiétudes chez beaucoup.
« Ce sont là, sans aucun doute, des questions importantes, mais qui relèvent rarement de la compétence du Conseil de sécurité », a précisé Dmitry Chumakov, soulignant que, pour que la paix et le développement s’installent durablement, il est primordial, de privilégier la mise en œuvre de bonne foi des obligations internationales existantes relatives aux ressources naturelles.
Moscou a également appelé à renoncer aux pratiques néocoloniales, à l’ingérence dans les affaires intérieures des États souverains, au recours à des sanctions unilatérales contraires au droit international et aux aventures militaires inconsidérées.
« Ce n’est qu’à cette condition qu’il sera possible d’engager un dialogue véritablement constructif sur les moyens de renforcer la coopération en matière de gouvernance des ressources naturelles, pour le bien-être et la prospérité des peuples », a-t-il martelé.
La position russe s’oppose à la vision de la RDC, qui a proposé la création d’un « Groupe des amis de la gouvernance des ressources naturelles ». Cette plateforme réunirait États membres des Nations unies, organisations régionales, institutions financières internationales, pays producteurs, pays consommateurs, acteurs économiques et société civile. Son objectif serait de promouvoir le dialogue, d’échanger les bonnes pratiques et de renforcer les mécanismes internationaux existants.






