La mise en place d’un « cadre normatif international plus cohérent », initiative portée par la présidence congolaise du Conseil de sécurité de l’ONU, afin d’améliorer la gouvernance des ressources naturelles et de promouvoir la paix et la sécurité tout en favorisant un développement équitable et durable, notamment dans le contexte de l’invasion rwandaise de la RDC, n’a pas rencontré l’adhésion des P5 (cinq membres permanents). A l’instar de la Russie, la Chine a insisté lundi sur le respect de la souveraineté des États sur ce dossier sensible et pris position contre toute politisation des ressources naturelles.
Plutôt que de créer une sorte de code minier mondial, Pékin estime que la communauté internationale « doit » soutenir les pays touchés par un conflit afin d’améliorer leurs systèmes de gouvernance des ressources naturelles, de renforcer leurs capacités de gestion et d’utilisation de ces ressources, de lutter contre le développement illégal, la contrebande et autres activités criminelles, et de couper les circuits de financement des conflits.
Contrairement à la RDC, qui a jugé « inefficaces » les mécanismes internationaux et régionaux existants, la Chine a salué leur « rôle positif » dans l’amélioration de la transparence de chaînes d’approvisionnement.
« Nous devons respecter la souveraineté et les droits au développement de tous les pays, prendre pleinement en compte les besoins et les préoccupations des pays riches en ressources, en particulier les pays en développement, et éviter toute instrumentalisation, politisation ou appropriation des questions relatives aux ressources naturelles. De plus, nous ne devons pas utiliser les ressources naturelles comme monnaie d’échange dans des jeux géopolitiques ni comme prétexte pour nous ingérer dans les affaires intérieures d’autres pays », a déclaré l’ambassadeur Sun Lieu.
Pour la cheffe de la diplomatie congolaise, Thérèse Kayikwamba, l’initiative de la RDC ne vise pas à créer de nouvelles obligations internationales, mais à mieux articuler les mécanismes déjà existants en matière de traçabilité, de sanctions ou de gouvernance des ressources naturelles.
A l’instar de la Russie, la Chine soutient le renforcement de la coopération entre les pays de la région dans des domaines tels que l’information, l’application de la loi et la gestion des frontières afin de lutter contre le commerce illégal des ressources naturelles et de préserver conjointement la stabilité des chaînes d’approvisionnement mondiales.
« La Chine salue le rôle positif joué par les mécanismes internationaux et régionaux compétents pour améliorer la transparence de ces chaînes et soutient les Nations Unies dans leurs efforts pour renforcer la coordination avec les organisations régionales en matière de normes et de respect des droits des pays sur les ressources. Tous les pays devraient créer un environnement équitable, ouvert et inclusif, plutôt que d’inciter à la confrontation ou de former des « cercles restreints » exclusifs », a expliqué le diplomate chinois.
S’attaquer aux causes profondes
Victime de l’agression rwandaise, motivée par le contrôle et le pillage illégal des ressources naturelles, Kinshasa a insisté sur les effets néfastes de l’exploitation et du trafic illicites des minerais, en précisant que ces activités financent les groupes armés, perpétuent les cycles de conflit et de violence et sapent l’autorité de l’État.
Mais, la position chinoise privilégie une approche axée sur le développement et appelle à s’attaquer aux causes profondes des conflits.
« La concurrence actuelle entre les parties en conflit pour les ressources naturelles découle fondamentalement d’un développement insuffisant et déséquilibré. Victimes de l’exploitation coloniale occidentale, les pays africains sont depuis longtemps cantonnés au bas de l’échelle de l’industrie et de la chaîne de valeur des ressources naturelles. La communauté internationale, et notamment les pays développés, doit s’acquitter pleinement de ses engagements en matière d’aide au développement, accroître les investissements financiers et technologiques et aider les pays en développement à améliorer l’exploitation et l’utilisation de leurs ressources, ainsi que la valeur ajoutée de leurs produits », a-t-il ajouté, précisant qu’il s’agira ainsi d’améliorer l’emploi et les conditions économiques, de garantir une meilleure répartition des bénéfices tirés des ressources naturelles avec les populations locales et de briser le cercle vicieux de la pauvreté et des conflits.
Alors que les divergences sont profondes, la Chine se dit disposée à travailler avec toutes les parties pour renforcer la coopération en matière de développement durable et d’utilisation des ressources naturelles et de gouvernance internationale, promouvoir la transformation des avantages liés aux ressources en un moteur de développement, et mieux promouvoir la croissance économique, améliorer le bien-être de la population, éliminer les causes profondes des conflits et parvenir à une paix durable.








