À l’appel au dialogue lancé par Félix Tshisekedi, Corneille Nangaa répond par la force. Le coordonnateur de l’AFC-M23, coalition politico-militaire active dans l’est de la République démocratique du Congo, a rejeté catégoriquement l’initiative du chef de l’Etat d’un « dialogue national inclusif, apaisé et résolument républicain ».
Clairement, le chef rebelle ne veut pas que son mouvement soit conjugué au passé à l’issue d’un éventuel forum national. Il privilégie donc l’option militaire pour tenter de renverser Félix Tshisekedi, alors que sur le terrain, le rapport de force penche actuellement en faveur de l’AFC-M23, qui continue d’élargir ses zones d’influence et de contrôler d’importants axes stratégiques au Nord et au Sud-Kivu face aux FARDC.
« La paix, tout le monde en parle. Mais la paix a un prix : savoir faire la guerre. La paix ne s’octroie pas, la paix se gagne, la paix se construit, la paix se consolide et elle se mérite », a-t-il déclaré dimanche, à l’occasion de la clôture de la 15ᵉ édition du Forum régional des jeunes pour la paix, organisé par le diocèse de Goma.
Nangaa se voit militairement prêt et capable de faire la guerre jusqu’à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. Rassuré du soutien rwandais, il refuse toute négociation qui maintiendrait Félix Tshisekedi au pouvoir et consacrerait la dissolution définitive de son mouvement.
Non au dialogue
Alors que l’opposition politique, regroupant notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Delly Sesanga et Augustin Matata, est favorable aux discussions sincères avec l’administration Tshisekedi sous la médiation des Églises catholique et protestante, Corneille Nangaa se radicalise davantage.
Le chef de l’AFC-M23 est convaincu que la solution à la crise congolaise « n’est pas dans un dialogue ou dans des compromis hypocrites ». Selon lui, Félix Tshisekedi est « un manipulateur menteur qui ne respecte jamais ses engagements ».
« La solution est dans l’action. Dans la refondation de l’Etat. Dans la construction d’une armée qui dissuade, d’une police qui protège, d’une justice qui régule et d’une administration qui gouverne au mieux », a-t-il affirmé.
La radicalisation des rebelles repose sur leur puissance de feu, disposant selon l’ONU, d’une force estimée à environ 30000 combattants lourdement armés, bien structurés et appuyés par des contingents étrangers. Le mouvement a récemment enregistré de nouvelles progressions territoriales, notamment sur les hauts plateaux de la province du Sud-Kivu.
Coordonnée politiquement par Corneille Nangaa et militairement par Sultani Makenga, la milice ne revendique plus la simple intégration de ses troupes au sein de l’armée gouvernementale. Le mouvement affiche désormais l’ambition de renverser le gouvernement de Kinshasa ou, à défaut, d’instaurer une entité autonome, modifiant ainsi drastiquement l’échiquier politique congolais.
Des rapports du Groupe d’experts des Nations Unies confirment un soutien actif du Rwanda aux opérations de l’AFC/M23. De plus, les experts onusiens documentent des liens politiques de plus en plus étroits entre la direction de l’AFC et l’ancien président Joseph Kabila, ce qui renforce l’influence stratégique et la dimension congolaise du mouvement aux yeux de certains observateurs.
De son côté, le gouvernement de Félix Tshisekedi et les FARDC, appuyés par les milices Wazalendo, tentent de reprendre le contrôle. Malgré une détermination farouche à reconquérir les territoires occupés, l’état des forces armées gouvernementales et l’encerclement de zones clés montrent un rapport de force qui demeure défavorable aux troupes de Kinshasa.







