Kinshasa s’attire le courroux après avoir suspendu temporairement toutes les activités académiques, à quelques semaines de la rentrée, dans les zones contrôlées par les rebelles de l’AFC-M23, dans l’est de la RDC. La décision du gouvernement congolais ne fait pas l’unanimité. Vue comme une politisation de l’éducation, elle a été condamnée mercredi par le Prix Nobel de la paix, Denis Mukwege.
Alors que le gouvernement congolais et les rebelles se disputent le contrôle des universités, Mukwege a renvoyé les deux parties dos à dos : l’avenir de notre jeunesse ne peut pas être la monnaie d’échange des calculs politiques ou des ambitions territoriales, ni être traité comme un simple dommage collatéral.
La ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, recherche scientifique et innovations a justifié sa décision par la situation sécuritaire préoccupante qui, selon elle, affecte le fonctionnement normal des institutions académiques de la région.
Dans sa réaction, Denis Mukwege a mis en garde contre une décision visant à briser l’espoir de la jeunesse de rêver, d’apprendre, de se former pour réaliser leurs aspirations et servir la société. A ce sujet, le célèbre activiste congolais est catégorique : c’est une ligne rouge inacceptable.
« Après la fermeture des aéroports, la fermeture des banques, la restriction de l’aide humanitaire et des mouvements de la population, la fermeture des universités vient resserrer l’étau sur 12 millions de nos compatriotes du Nord et du Sud Kivu abandonnés à leur triste sort. Vous avez déjà brisé l’avenir de notre jeunesse par le chômage, le détournement des fonds destinés à son épanouissement, le recrutement forcé dans des groupes armés, les tueries qui endeuillent chaque jour nos familles », a-t-il tonné.
La suspension des activités académiques à Goma et Bukavu intervient après les nouvelles mises en place opérées par les rebelles dans les établissements d’enseignement supérieur et universitaire de cette partie du pays.
Selon Mukwege, les coïncidences « troublantes » de décisions prises par les deux parties soulèvent une fois de plus des interrogations légitimes quant à une possible coordination entre le régime de Kinshasa et le régime de Kigali avec ses supplétifs d’AFC/M23/Twiraneho, sur l’hypothèse d’un plan bien rodé pour se departager la RDC.
« Après nous avoir imposé un génocide silencieux, nous redoutons désormais un épistémicide lent, plus corrosif et dangereux pour l’avenir des générations futures et pouvant conduire à la mise à mort systématique de nos savoirs, de notre capacité à penser, à chercher et à produire de la connaissance », a-t-il dit.
Dans ce contexte, il a lancé un appel pressant à tous les acteurs étatiques et non étatiques impliqués dans la recherche d’une solution à cette crise, afin de faire de l’éducation des enfants congolais une priorité absolue de tous les processus en cours.
Rappelant l’impérieuse nécessité d’associer de manière significative les jeunes congolais sur toutes les questions qui les concernent directement, Denis Mukwege a exigé la fin « d’instrumentalisation et d’ingérence » dans la gestion des établissements scolaires et universitaires par les militaires et la reprise sécurisée des cours partout sur le territoire national, y compris dans les zones occupées par l’AFC-M23.
La suspension annoncée par Kinshasa cible notamment l’Université de Goma (UOG), l’Institut supérieur de commerce de Goma (ISC-Goma), l’Institut supérieur des techniques médicales de Goma (ISTM-Goma), l’Institut supérieur pédagogique de Goma (ISP-Goma), ainsi que plusieurs établissements de Bukavu, dont l’Université officielle de Bukavu (UOB), l’ISC-Bukavu, l’ISTM-Bukavu, l’ISP-Bukavu, l’ISDR-Bukavu et l’ISAM-Bukavu.








