La RDC menace de quitter l’OIF, le Rwanda dénonce une manœuvre politique. Le bras de fer autour de la Francophonie a changé de nature à dix jours de Phnom Penh. Ce n’est plus seulement une élection pour désigner un secrétaire général. C’est devenu un affrontement ouvert entre Kinshasa et Kigali, avec l’avenir même de l’organisation en jeu.
Du côté congolais, l’avertissement est lourd de sens. D’après des informations rapportées par Jeune Afrique le 6 novembre, la possibilité d’une sortie de la RDC aurait été soulevée par le président Félix Tshisekedi lors d’un échange à Kinshasa, le 2 octobre, avec le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot. Le scénario évoqué serait celui d’un départ si la secrétaire générale sortante obtenait un nouveau mandat. À ce stade, aucune annonce officielle n’a été faite par le gouvernement congolais.
À Kigali, la contre-offensive a été immédiate. Le chef de la diplomatie, Olivier Nduhungirehe, a qualifié l’attitude de Kinshasa de manœuvre d’un autre âge, sans hauteur politique. Il a ensuite pris la défense de Louise Mushikiwabo en saluant un parcours solide et une stature d’État, estimant qu’aucune tentative de déstabilisation ne freinerait son élan. Pour Kigali, l’enjeu ne doit pas être réduit au contentieux de l’Est, mais apprécié à l’aune de huit années passées à la tête de l’institution.
Le sommet du 16 novembre mettra donc face à face deux logiques. D’un côté, celle de la sortante rwandaise, en fonction depuis 2018 et candidate à sa propre succession. De l’autre, celle de la Congolaise Juliana Lumumba, fille de Patrice Lumumba, portée par Kinshasa. La Mauritanienne Coumba Bâ et le Roumain Dacian Ciolos complètent un tableau inédit, où quatre candidatures se disputent le poste pour la première fois par un vote à bulletin secret.
Ce sont les 53 dirigeants réunis à huis clos au Cambodge qui devront départager ces visions. Continuité ou rupture, l’issue de ce scrutin dira beaucoup plus que le nom du prochain secrétaire général. Elle dira si la Francophonie peut encore tenir ensemble malgré la fracture entre ses deux plus grands membres africains.









