La coopération sécuritaire entre la RDC et la Tanzanie vient de franchir une nouvelle étape à Dodoma. En clôture de sa visite de travail en République-Unie de Tanzanie, le 4 novembre 2026, la Première ministre congolaise Judith Suminwa Tuluka a rencontré son homologue tanzanien Mwigulu Lameck Nchemba pour parler d’un sujet que Kinshasa considère désormais comme prioritaire, la sécurité dans l’Est de la RDC et la lutte contre le financement des groupes armés et des rébellions.
Derrière les annonces économiques sur le port de Dar es Salaam et le port sec de Kwala, c’est bien la dimension sécuritaire qui a occupé une place centrale dans les échanges de Dodoma. Les deux chefs de gouvernement ont insisté sur la nécessité de renforcer la coopération contre les circuits qui permettent aux groupes armés de se financer, de s’armer et de poursuivre leurs activités dans l’Est du Congo. Pour Kinshasa comme pour Dodoma, il ne s’agit plus seulement de combattre sur le terrain, il s’agit de couper l’argent qui alimente la guerre, qu’il vienne du commerce illégal des minerais, des réseaux transfrontaliers ou des circuits financiers opaques.
Cette position commune s’explique par l’histoire récente des deux pays. La Tanzanie n’est pas un partenaire lointain de la RDC sur le plan militaire. Ses soldats ont combattu aux côtés des Forces armées de la RDC au sein de la SAMIDRC, la mission de la Communauté de développement d’Afrique australe déployée dans l’Est congolais contre le M23, et certains ont perdu la vie dans des combats intenses. Même après le retrait de cette mission, la présence tanzanienne est restée visible sur le terrain. En octobre 2026, deux unités tanzaniennes de la MONUSCO, TANZBATT-12 et TANZQRF5, ont été décorées à Beni dans le Nord-Kivu pour leur engagement en faveur de la paix. La Tanzanie est présente en RDC dans le cadre du maintien de la paix depuis 2014, et cette continuité pèse dans la relation entre Kinshasa et Dodoma.
C’est dans ce contexte que Judith Suminwa a tenu à remercier publiquement la Tanzanie pour son appui constant. Elle a cité en particulier la formation des militaires congolais, un domaine dans lequel la Tanzanie partage son expertise avec les FARDC, l’accueil des réfugiés congolais qui ont fui les violences dans l’Est du pays et le soutien apporté à la RDC dans la lutte contre Ebola. Pour la cheffe du gouvernement congolais, cette aide n’est pas anecdotique, elle fait partie d’un partenariat qui se construit dans la durée et qui touche directement les populations de l’Est.
Processus de Doha et dialogue national : Kinshasa demande l’appui diplomatique de la Tanzanie
La visite de Dodoma a aussi permis à Kinshasa de demander un soutien diplomatique précis. Judith Suminwa a sollicité l’accompagnement de la Tanzanie dans les démarches de paix engagées par la RDC, notamment dans le cadre du processus de Doha et de l’invitation du Président Félix Tshisekedi à un dialogue national. Le Premier ministre tanzanien a réaffirmé la disponibilité de son pays à accompagner les efforts de la RDC pour restaurer la paix dans sa partie orientale. Dodoma ne se contente donc pas d’un appui militaire, elle accepte de jouer un rôle diplomatique aux côtés de Kinshasa dans la région.
Ce rapprochement sécuritaire s’inscrit dans une dynamique politique plus large, impulsée par les Présidents Félix Tshisekedi et Samia Suluhu Hassan lors de leurs rencontres des 17 et 18 août 2026 en Tanzanie. Les deux chefs d’Etat avaient alors réaffirmé leur volonté de renforcer les connexions entre leurs pays à travers les ports, les chemins de fer, les routes et le transport lacustre, tout en demandant le retrait des forces étrangères du territoire congolais et le respect de la souveraineté de la RDC. La visite de Judith Suminwa à Dar es Salaam et à Dodoma vient traduire cette volonté politique en engagements concrets, avec un corridor logistique plus sûr et une coopération de défense plus étroite.
Pourquoi sécuriser le corridor de Dar es Salaam est vital pour l’économie de la RDC
Pour la RDC, l’enjeu est clair. Sécuriser l’axe tanzanien, c’est sécuriser à la fois son commerce extérieur et sa frontière orientale. Le port de Dar es Salaam est déjà le premier débouché maritime de la RDC, et le futur terminal congolais de Kwala, sur 45 hectares, dont les travaux doivent démarrer au début de l’année 2027, ne pourra fonctionner durablement que si les routes, les rails et les zones frontalières sont protégés contre l’insécurité et les trafics. La coopération sécuritaire RDC Tanzanie n’est donc pas séparée de la coopération économique, elle en est la condition.
Au terme de cette visite, Kinshasa et Dodoma ont aussi insisté sur le rôle de la commission mixte bilatérale pour suivre l’application des accords conclus entre les deux pays. Cette commission devra veiller à ce que les engagements pris à Dodoma sur le financement des rébellions, la formation militaire et l’accompagnement diplomatique ne restent pas des déclarations, mais se traduisent par des actions mesurables dans les prochains mois dans l’Est de la RDC.







