La République démocratique du Congo (RDC) est « en crise existentielle et en danger de balkanisation ou d’annexion », alerte le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege qui, dans une lettre ouverte adressée au président de la République, mardi 30 juin, à l’occasion du 66ème commémoration de l’indépendance du pays, a exhorté Félix Tshisekedi à ne pas sacrifier l’avenir de la nation sur l’autel de sa survie politique, en changeant de Constitution pour s’offrir un troisième mandat.
Alors qu’il ne reste plus que l’aval de la Cour constitutionnelle pour passer au référendum, Mukwege fait remarquer à Tshisekedi que sa présidence ressemble de plus en plus à un bateau ivre qui tangue dans une mer agitée et risque de couler à tout moment.
A l’heure où, selon le célèbre activiste congolais, la priorité doit être la restauration de la paix et de la souveraineté du pays, la protection des civils et l’amélioration des conditions de vie, la consolidation de l’État de droit et la lutte contre l’impunité, et l’amélioration de la gouvernance économique, le président Tshisekedi a été invité à ne pas plonger davantage la RDC dans l’abîme et à ne pas devenir l’homme, fils d’Etienne Tshisekedi, qui rentrera dans l’histoire du pays comme celui qui a provoqué sa fin en tant que nation souveraine en actant sa balkanisation.
« Je vous conjure une fois de plus à ne pas toucher à notre Constitution et à ne pas compromettre encore davantage l’unité et la cohésion nationale en initiant un référendum dans un contexte où plus de 10 millions de citoyens ne pourraient pas exercer leurs droits politiques et où l’épidémie d’Ébola sévit, fauchant des centaines des vies de nos compatriotes. Il serait difficile de croire que cette longue série d’erreurs diplomatiques et politiques ne soit pas préméditée pour nous mener à une implosion irréversible, tant souhaitée par nos agresseurs. Monsieur le président. Votre survie politique ne peut prendre en otage plus de 100 millions de Congolais. II n’est jamais trop tard pour prendre les bonnes décisions, dans l’intérêt général et pour le bien commun de la Nation. Pour avancer sur le chemin de la paix, il est temps de reprendre la main sur notre destin collectif pour sortir le pays de la crise multidimensionnelle qui empire chaque jour », lui a-t-il exhorté, estimant qu’une sortie de crise juste et durable est possible si la volonté politique est au rendez-vous.
Lors de son adresse à la nation, Félix Tshisekedi a annoncé avoir déféré la loi référendaire à la Cour constitutionnelle, aux fins d’examen de sa constitutionnalité, avant sa promulgation éventuelle, conformément à l’article 160, alinéa 3, de la Constitution en vigueur. Selon lui, cette démarche procède d’une conviction républicaine profonde : dans une démocratie, aucune décision, aussi importante soit-elle, ne saurait s’affranchir des règles, des procédures et des garanties qu’ impose la loi fondamentale.
« J’entends les discussions suscitées autour de la Constitution et des réformes institutionnelles. Dans une démocratie, aucune question d’intérêt national ne doit être confisquée ni interdite de réflexion. Mais, dans le même temps, aucun débat touchant au pacte fondamental de la Nation ne peut être conduit dans la précipitation, la manipulation ou l’obsession politicienne. La Constitution n’est ni un instrument de circonstance, ni un objet de convenance. Elle organise notre vie commune, garantit l’équilibre de nos institutions, consacre les droits du peuple et protège la stabilité de la République. En débattre exige donc sérénité, rigueur, transparence et sens élevé de l’intérêt général. Ma responsabilité, comme chef de l’État et garant de la nation, est de veiller à ce que les débats engageant l’avenir du pays se tiennent dans le respect de la Constitution, de l’État de droit, des institutions et de la souveraineté populaire. Elle est aussi d’écouter, d’apaiser, de clarifier et, lorsque cela s’impose, de rechercher les voies d’un consensus national responsable. S’agissant de la loi référendaire adoptée par les deux Chambres du Parlement, je tiens à rappeler qu’elle relève du fonctionnement normal de nos institutions et du principe de séparation des pouvoirs. Dans une République démocratique, le Parlement débat, délibère et légifère. Le président de la République, garant du bon fonctionnement des institutions, exerce les prérogatives que lui confère la Constitution. Les juridictions compétentes, quant à elles, veillent au respect de l’ordre constitutionnel et de l’État de droit », a-t-il expliqué.
Face à des menaces existentielles qui pèsent sur le pays, Félix Tshisekedi a appelé les acteurs politiques, de la majorité comme de l’opposition, les responsables sociaux, religieux, économiques, médiatiques et associatifs, ainsi que l’ensemble de la société civile, à faire preuve de hauteur, de retenue et de responsabilité.







