La force militaire seule n’apportera pas la paix en République démocratique du Congo (RDC), affirme le cardinal Fridolin Ambongo, convaincu qu’un dialogue national inclusif, franc et sans exclusions est la seule issue pour rétablir une paix durable face aux échecs des solutions purement militaires et diplomatiques.
Lors de la rencontre interreligieuse organisée par la Communauté de Sant’Egidio à Assise, en Italie, l’archevêque de Kinshasa appuyant les initiatives des évêques de la CENCO et de l’ECC, soutient la mise en place d’un pacte social pour la paix et le vivre-ensemble, estimant que les accords extérieurs, comme ceux de Washington et de Doha ne suffisent pas à enrayer les souffrances des populations de l’est du pays.
Aux différentes parties au conflit, il a rappelé que la force des armes produit des vainqueurs et des vaincus, des veuves et des orphelins, alors que la force du dialogue produit des frères. « C’est cette force-là que nous sommes venus chercher à Assise », a-t-il déclaré.
Donc, pas de solution militaire. « Je dois le dire avec clarté : sans dialogue, il n’y aura pas de paix. La force militaire seule n’apportera pas la paix au Congo ; seul un processus politique inclusif le pourra. Un dialogue qui exclut ceux avec qui l’on est en guerre n’est pas un dialogue : c’est un monologue. Le dialogue est le mot sacré, le mot-clé qui peut nous sauver, et il faut avoir le courage de le mener même avec ceux que nous considérons comme des ennemis. La paix ne se fait pas entre amis ; elle se fait entre adversaires qui acceptent de se reconnaître comme frères », a-t-il souligné.
Quatre mois après que le président Félix Tshisekedi a annoncé un dialogue national inclusif, des blocages persistent. Et le cardinal Ambongo a tonné contre les autorités congolaises qui, selon lui, posent des préalables, tracent des lignes rouges, décident à l’avance qui pourra s’asseoir à la table et qui en sera exclu.
« Le dialogue n’est pas la voie des faibles. C’est la voie des forts, de ceux qui ont assez de force intérieure pour ne pas avoir besoin d’écraser l’autre. Le pape Léon XIV l’a rappelé : la voie du dialogue est la plus efficace à tous les niveaux. La Communauté de Sant’Egidio en a donné la preuve au Mozambique, où des ennemis qui s’étaient combattus pendant seize ans ont signé la paix à Rome en 1992, après plus de deux ans de patientes négociations. Ce qui semblait impossible est devenu réalité, parce que quelqu’un a cru que l’ennemi d’aujourd’hui pouvait devenir le partenaire de demain », a-t-il indiqué.
Ainsi, a-t-il demandé aux responsables politiques de la RDC et de la région des Grands Lacs de rouvrir la voie du dialogue, sans exclusions et sans préalables qui le rendent impossible. À la communauté internationale, il a exhorté à passer des déclarations aux actes, et de ne plus fermer les yeux sur le commerce qui finance la guerre.
La situation politique en République démocratique du Congo traverse une période de crispation et d’escalade majeure, marquée par le retour à la rébellion armée de l’ancien président Joseph Kabila face à l’actuel chef de l’État Félix Tshisekedi. Cette rupture fait basculer la rivalité politique dans une grave crise militaro-politique. Alors que le dialogue tarde à être convoqué, Félix Tshisekedi, qui exclut son prédécesseur et ses alliés du M23, a annoncé la mise en place d’une équipe chargée de l’organisation et de la préparation des assises dès la fin de cette semaine. Les travaux bénéficieront de l’appui de deux co-facilitateurs (un homme et une femme) désignés par l’Union africaine.








