Un tournant majeur dans la pression américaine contre l’administration Kagame. Washington a imposé mercredi de nouvelles sanctions financières ciblées contre le ministère rwandais de la Défense et la banque Zigama, bras financier de l’appareil sécuritaire de Kigali, renforçant une première salve lancée en mars 2026 contre les Forces rwandaises de défense (RDF).
Le message de Trump à Kagame est clair : le Rwanda doit cesser ses actions déstabilisatrices dans l’est de la RDC, qui violent ses obligations en vertu des accords de Washington.
Après les sanctions de mars 2026 visant l’armée rwandaise et quatre hauts gradés (Vincent Nyakarundi, Ruki Karusisi, Mubarakh Muganga, Stanislas Gashugi), cibler directement le ministère de la Défense qui chapeaute les services de sécurité du Rwanda et la société de crédit et d’épargne Zigama, marque une volonté ferme de l’administration américaine d’asphyxier la chaîne logistique et monétaire de Kigali.
Le département du Trésor américain accuse le ministère rwandais de la Défense d’avoir ordonné le déploiement des milliers de soldats dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l’est de la RDC, où elles mènent des opérations aux côtés du M23 et fournissent à ce groupe armé du matériel militaire, des approvisionnements, un soutien logistique et une formation. Selon Washington, les RDF ont également introduit sur le terrain des armements sophistiqués, dont des systèmes de missiles sol-air et des brouilleurs, créant ainsi des risques pour l’aviation civile dans la partie orientale du territoire congolais.
L’agression armée dans la région du Kivu est directement liée au pillage systématique des ressources naturelles congolaises. « Les minéraux provenant des territoires contrôlés par le M23 sont intégrés aux chaînes d’approvisionnement du Rwanda, dont la capacité minière nationale est inférieure aux volumes d’exportation déclarés depuis le début de la rébellion du M23 », dénonce Washington.
Isolement financier
Le gendarme financier américain a sanctionné également Zigama, une institution financière rwandaise qui opère pour le compte des services de sécurité du Rwanda qui, selon Washington, a facilité des paiements à des entités en Chine et dans d’autres pays pour l’achat d’armes, de munitions et d’autres équipements militaires destinés aux RDF. Cette banque a également facilité le paiement des frais de déplacement et d’hébergement des RDF pour des activités d’entraînement.
« Les RDF et le M23 contrôlent des sites d’extraction d’or dans la province du Sud-Kivu. Après l’extraction de l’or de ces sites, les forces gouvernementales rwandaises exercent un contrôle strict sur celui-ci. Une succursale de Zigama a permis le transport de l’or provenant du territoire contrôlé par le M23 dans l’est de la RDC jusqu’à Kigali. De plus, Zigama a facilité des transactions financières pour le M23 et l’Alliance du fleuve Congo, pour un montant de plusieurs dizaines de millions de dollars », a condamné le Trésor américain.
D’après l’administration Trump, avec le soutien des forces de sécurité rwandaises, notamment le déploiement de milliers de soldats et la fourniture d’équipements militaires, de soutien logistique et d’entraînement, le M23 a conquis des centres urbains clés et des zones minières dans l’est de la RDC, où il a perpétré des violations des droits humains, soumis des civils à l’exploitation et au travail forcé, et contribué à une grave crise humanitaire marquée par des déplacements massifs de population.
En plaçant ces entités sur la liste de l’OFAC, Washington gèle leurs avoirs aux États-Unis et coupe l’accès au système en dollars et aux réseaux internationaux (SWIFT) pour les entités concernées, contraignant les entreprises ou banques tierces à choisir entre commercer avec le Rwanda ou risquer des sanctions secondaires.
Ces mesures sont accueillies favorablement par les autorités de la République démocratique sur le plan diplomatique, car elles traduisent une exigence explicite de l’administration américaine pour un retrait des troupes rwandaises du sol congolais.






