L’ancien président congolais Joseph Kabila entretient des liens privilégiés avec le cercle restreint de Paul Kagame, notamment James Kabarebe, conseiller principal du président rwandais pour la défense et la sécurité, de l’avis du Groupe d’experts de l’ONU sur la République démocratique du Congo (RDC). Le PO4 a un accès libre dans les zones occupées par l’armée rwandaise et les rebelles du M23, alors que les nationalistes de Kinshasa y sont indésirables.
Depuis son départ du pouvoir à Kinshasa, le prédécesseur de Félix Tshisekedi s’est rapproché davantage de Kigali, alors que sous son règne, les relations rwando-congolaises étaient en dents de scie. Après avoir perdu les oripeaux du pouvoir, Kabila, comme par une baguette magique, a réussi à taire ses divergences avec le clan Kagame, mutualisant ainsi leurs forces pour atteindre ce qui semble être leur objectif commun : accroître l’influence rwandaise sur la RDC pour exploiter ses ressources naturelles.
Les liens entre Kabarebe et Kabila, révélés par l’ONU, sont frappants. Déjà dans les années 90, les deux hommes étaient des alliés stratégiques. Le général rwandais a été le mentor militaire de l’ancien président congolais avant de devenir l’un des principaux architectes de l’instabilité dans l’est de la RDC. Entre 1996–1998, James Kabarebe a dirigé l’armée de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL). C’est à cette époque qu’il a encadré et formé Joseph Kabila aux armes et au commandement militaire. Lorsque Laurent-Désiré Kabila a pris le pouvoir en 1997, Kabarebe a été nommé chef d’état-major des forces armées congolaises. L’alliance s’est brisée en 1998 lorsque le père de Joseph Kabila a voulu se défaire de la tutelle rwandaise, menant au départ précipité de Kabarebe.
La résurgence du M23, milice Tutsi, sous la présidence de Félix Tshisekedi, a réactivé le tandem Kabarebe-Kabila.
Selon l’ONU, James Kabarebe a joué le rôle d’intermédiaire principal, assurant la coordination entre les dirigeants du M23 et Joseph Kabila, les réunions se tenant souvent à Gisenyi, au Rwanda : Les déploiements des RDF (armée rwandaise) étaient coordonnés au moyen d’une chaîne structurée reliant les hauts responsables à Kigali aux niveaux opérationnels, où une coopération avec les commandants du M23 s’exerçait par le biais de canaux parallèles.
Kabila a visiblement choisi son camp. Il s’est retourné contre le pays qui lui a tout donné. A en croire l’ONU, la visibilité accrue de Kabila, et son éventuelle prétention à la direction du M23 évoquée par le président Kagame,semblait destinée à occulter le rôle du Rwanda en accréditant le récit selon lequel le M23 serait un « mouvement congolais » répondant à un « problème congolais ».
« Lors d’un entretien exclusif réalisé à Goma et publié symboliquement le 23 mars, M. Kabila a réitéré son opposition au gouvernement de Kinshasa. La plateforme « Sauvons la RDC » de M. Kabila a appelé à un soulèvement populaire, manifestant ainsi son soutien à un changement de régime, ce qui correspondait aux objectifs de l’AFC/M23 », a indiqué le Groupe d’experts de l’ONU, qui souligné qu’au moment de la rédaction du présent rapport, plusieurs sources au sein de l’AFC/M23 et des services de renseignement avaient fait savoir qu’un remaniement en profondeur de la direction et de la structure du mouvement était imminent, y compris un changement de nom, et que Kabila devrait y occuper des fonctions de premier plan.
« La position de l’AFC/M23 a été façonnée par des liens publics de plus en plus étroits avec l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, lequel s’est rendu fréquemment sur le territoire contrôlé par le groupe à partir de mai 2025 et s’est réuni avec ses hauts responsables », a ajouté l’ONU, rappelant qu’en septembre 2025, la haute cour militaire de la République démocratique du Congo a condamné Kabila à mort par défaut, notamment pour trahison et organisation d’une insurrection, l’accusant d’avoir collaboré avec l’AFC/M23.
Les liens étroits entre Joseph Kabila et le clan Kagame met en évidence l’appétit vorace d’un homme disposé à s’associer même avec le diable pour ses propres intérêts, en sacrifiant la nation congolaise.







