Kasika illustre la politique de la terre brûlée qui sous-tend l’intervention rwandaise en République démocratique du Congo. Le 24 août 1998, les troupes rwandaises appuyant le RCD commirent le plus terrible massacre de civils dans le territoire de Mwenga, au Sud-Kivu. Selon les rapports internationaux, des milliers de civils furent massacrés ce jour-là. 28 ans après, Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix, appelle à rendre justice aux victimes et mettre fin aux violations récidivistes du droit international et des droits humains dans l’est du Congo.
Jusqu’à ce jour, il est difficile d’estimer le nombre total de morts. La cruauté était extrême. Décrits par les témoins comme « rwandais » ou « Banyamulenge », les agresseurs, en représailles à l’embuscade leur tendue par les maï-maï qui a emporté plusieurs de leurs officiers, ont tué des civils à coups de machette ou d’autres objets tranchants; quelques-uns ont été abattus. Selon Human Rights Watch (HRW), un responsable de l’Église a affirmé qu’une religieuse avait été coupée en deux de haut en bas et beaucoup de corps d’enfants et de bébés ont été découverts dans des latrines.
Le rapport de HRW affirme que les les forces rwandaises et du RDC ont mené à bien une campagne de la terre brûlée le long des routes principales qui traversent la collectivité lwindi, ont tué des civils et incendié des maisons. Les villages attaqués de cette façon sont Kilongutwe, Kalama et Kalambi. Plusieurs enquêteurs qui ont assisté aux funérailles et/ou aux enquêtes des jours suivant les massacres ont affirmé que les agresseurs avaient détruit de nombreuses maisons en brûlant parfois vivants les civils qui s’y trouvaient.
Pour Denis Mukwege, ces crimes imprescriptibles ne peuvent être dissociés de l’intervention militaire du Rwanda en RDC et du rôle joué à l’époque par les forces rwandaises aux côtés du RCD-Goma/ANC.
« Depuis près de trente ans, une même logique se répète : le recours à des groupes armés congolais et étrangers comme instruments d’une stratégie régionale, permettant au Rwanda d’intervenir en RDC tout en dissimulant ou en minimisant sa responsabilité directe. Hier, l’AFDL puis le RCD-Goma ; ensuite le CNDP ; puis le M23 ; aujourd’hui encore, le M23 sous la bannière de l’AFC-M23-Twiraneho / Red Tabara. Les noms et les structures changent, mais les populations congolaises continuent de subir les massacres, les violences sexuelles, les déplacements forcés et la destruction de leurs villages. Ces agressions criminelles chroniques doivent être reconnues et sanctionnées. L’impunité est au cœur de cette tragédie. Lorsque les auteurs et les commanditaires de crimes aussi graves ne sont jamais jugés, le message envoyé est que les crimes peuvent être répétés sans conséquence. Commémorer Kasika ne peut donc être un simple devoir de mémoire. La mémoire doit devenir une exigence de justice », a déclaré le Prix Nobel de la paix, qui a appelé la RDC et la communauté internationale à mettre en œuvre les recommandations du Rapport Mapping, à enquêter sur les crimes commis au cours des trente dernières années et à poursuivre leurs auteurs et leurs commanditaires, qu’ils soient congolais ou étrangers, membres de groupes armés ou responsables étatiques.
En outre, il a plaidé pour la création d’un mécanisme judiciaire crédible pour juger les crimes du passé et du présent, notamment une juridiction pénale spéciale ou internationalisée, ainsi que des chambres mixtes ou hybrides au sein des juridictions congolaises.
« La justice transitionnelle doit impérativement garantir aux victimes quatre droits fondamentaux : la vérité, la justice, les réparations et les garanties de non-répétition. Vingt-huit ans après Kasika, nous refusons que le silence et l’oubli constituent une seconde injustice envers les victimes. Nous n’oublions pas Kasika. Nous n’oublions pas les victimes », a-t-il ajouté, soulignant que la paix durable en RDC ne pourra être bâtie sur l’impunité et les doubles standards.
Alors que les tueries se poursuivent dans l’est du pays à la suite de l’intervention rwandaise, Mukwege juge qu’il est temps de briser le cycle de la violence et de l’impunité, d’établir toute la vérité, de rendre justice aux victimes et de mettre fin aux violations récidivistes du droit international et des droits humains dans la partie orientale de la RDC.









