Plus de 6 millions de personnes ont péri depuis 1994. Une véritable boucherie humaine. Chroniqueuse internationale sur France 24, Anne Corpet note une stratégie du duo Kagame-Kabila consistant à transformer la crise sécuritaire dans l’est de République démocratique du Congo, perçue comme une agression rwandaise en un conflit intercongolais.
L’ancien chef de l’Etat congolais entretient des liens étroits avec le Rwanda. Il a une convergence d’objectifs avec la rébellion de l’AFC-M23 soutenue par l’administration Kagame, qui a abouti à la création d’un nouveau mouvement politico-militaire : Front pour la refondation de la nation (FRN). De l’avis de la journaliste française, la démarche de Kabila vise notamment à masquer l’ingérence de Kigali dans la partie orientale de la RDC.
« Il y a cette volonté de mettre en avant une sorte de congolisation de la rébellion : de dire voilà le M23 n’est plus le M23, on oublie le Rwanda. C’est derrière Kabila, une volonté purement congolaise de lutter contre Tshisekedi, qui a aussi des ambitions contestables, à savoir : briguer un troisième mandat alors que la Constitution ne l’autorise que deux. C’est un peu inquiétant et d’ailleurs, il y a d’anciens proches de Joseph Kabila qui ont pris leurs distances avec l’ancien chef de l’Etat, qui passait donc de la rébellion au pouvoir et qui revient à la rébellion », analyse-t-elle.
Dans l’est de la RDC, la situation est catastrophique. Le viol et les violences basées sur le genre sont utilisés de façon systématique comme arme de guerre par les belligérants, avec des centaines de milliers de victimes recensées.
Avec l’implication directe de l’ex-président de la République, Anne Corpet craint un risque majeur d’extension du conflit. « La ligne de front était presque stabilisée. Et que là, il y a une volonté d’aller prendre Kinshasa qui est affirmée. Il y a un risque que le conflit que le conflit déborde au-delà des Kivu », a-t-elle alerté.
Ancien porte-parole du gouvernement congolais, sous la présidence de Joseph Kabila, Lambert Mende a pointé du doigt le président rwandais comme un acteur central de l’instabilité dans les provinces orientales du Congo.
« Nous savons très bien qui est en face de nous : le Rwanda. Le Congo fait face à une agression militaire vieille de 30 ans », a-t-il indiqué, se disant tout de même « gêné » de voir Joseph Kabila, qui a « vaincu le M23 » en 2013 devenir le « commandant » de la même rébellion en 2026.
Des experts de l’ONU et plusieurs chancelleries ont documenté l’implication et le soutien militaire de l’armée rwandaise au groupe rebelle M23, qui a multiplié les offensives et pris le contrôle de zones stratégiques au Nord-Kivu, notamment la région minière de Rubaya.
Derrière cette guerre, se cache un enjeu économique. Kinshasa et divers observateurs accusent Kigali d’exploiter et de faire transiter illégalement les richesses minières de l’est congolais (coltan, or, étain) pour alimenter l’économie rwandaise.
Pendant ce temps, les efforts de médiation, tels que les processus de Washington ou de Doha, se heurtent à une profonde méfiance mutuelle, le gouvernement congolais exigeant le retrait du soutien rwandais au M23, tandis que le Rwanda exige la neutralisation des FDLR.







