« Un honneur et un privilège pour le Rwanda » selon Paul Kagame, le projet d’accueillir un Grand Prix de Formule 1 au pays des mille collines a ravivé et transposé les tensions géopolitiques entre Kinshasa et Kigali dans l’arène du sport international. Le gouvernement congolais a fulminé contre un choix qui « contribuerait à redorer l’image d’un dirigeant autoritaire dont le gouvernement a alimenté une guerre dévastatrice en RDC ».
Contente du retour de la Formule 1 sur le continent africain pour la première fois depuis 1993, le dernier Grand Prix s’étant déroulé en Afrique du Sud, la cheffe de la diplomatie congolaise s’oppose cependant à la décision de Liberty Media (propriétaire de la Formule 1) et de la Fédération internationale de l’automobile (FIA) de confier son organisation à l’architecte des guerres successives en RDC, qui ont fait des millions de morts.
Un projet « moralement indéfendable », estime Thérèse Kayikwamba qui rappelle que depuis sa lettre adressée en février 2025 à Stefano Domenicali et aux autorités de la F1, les États-Unis ont sanctionné les Forces de défense rwandaises et quatre officiers supérieurs pour leur rôle dans la déstabilisation de la région, la conduite d’opérations militaires en RDC et le soutien, l’entraînement et les combats aux côtés du M23.
« Lorsqu’une armée est sanctionnée pour ses actions sur le territoire d’un État voisin, l’atteinte à sa crédibilité internationale est manifeste. Le Prix ne peut effacer ce bilan. C’est aussi l’occasion pour la F1 de montrer à son public et à ses supporters les véritables valeurs de ce sport. Elle devrait exiger des garanties crédibles et indépendantes que l’argent utilisé pour organiser la course ne provienne pas de minerais liés à des conflits ou de l’exploitation des ressources congolaises. J’ai déclaré l’année dernière que la RDC soutiendrait une candidature sud-africaine pour accueillir un Grand Prix, et nous maintenons notre soutien », a-t-elle écrit dans un message parvenu à Afriquactu.net.
Le Rwanda est choisi comme destination au calendrier de la Formule 1 au moment où ses troupes occupent une partie du territoire congolais. Selon la ministre congolaise des Affaires étrangères, outre l’exploitation illégale des minéraux, des civils sont tués, maltraités et chassés de leurs foyers par les soldats rwandais.
« L’exploitation illégale des minéraux congolais profite directement au Rwanda : les minéraux extraits de la RDC sont introduits clandestinement au Rwanda et exportés depuis ce pays, générant des revenus tout en contribuant à perpétuer le conflit », a-t-elle dénoncé.
La réplique du Rwanda
Pour le Rwanda, la RDC devrait se taire sur ce dossier. Dans sa réaction virulente, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a invité Kinshasa à se préoccuper de « l’enquête criminelle en cours en Belgique sur le blanchiment d’argent et le pillage des ressources minières du Katanga par le président Tshisekedi et sa famille, plutôt que de s’inquiéter des réussites dans les pays voisins ».
À l’annonce du Grand Prix de Formule 1 au Rwanda, Paul Kagame a déclaré que son pays était heureux et enthousiaste de participer à une aventure qui changera la perception de l’Afrique dans le monde du sport.
« Nous voulons contribuer, et pas seulement participer, et ce nouveau chapitre du sport automobile s’ouvre aujourd’hui », a affirmé le président rwandais, assurant que l’Afrique a le potentiel d’élever le niveau du sport automobile en tant que discipline mondiale et d’élite.
Le Rwanda accueillera un Grand Prix de Formule 1 à partir du début 2030 dans le cadre d’un contrat de 10 ans signé avec la F1 et la FIA. A cet effet, un nouveau circuit de niveau international sera construit à Bugesera, à environ 40 km au sud-est de Kigali, à proximité du nouvel aéroport international. Le projet est présenté par les autorités rwandaises comme un investissement stratégique majeur pour le tourisme, l’emploi et l’économie locale.







