Le ton est ferme, le message sans ambiguïté. Devant une communauté congolaise de Russie acquise à sa cause, Félix Tshisekedi a profité de sa tribune en marge du troisième sommet Russie-Afrique pour clarifier la trajectoire du très attendu « dialogue national ». Alors que le processus s’accélère avec l’annonce imminente du comité d’organisation, le chef de l’État a tracé une frontière hermétique entre les participants légitimes et ceux qu’il qualifie de « traîtres à la nation ».
Pour Félix Tshisekedi, le dialogue pour la cohésion nationale ne sera pas une foire de dupes. Le président a exclu d’office toute personne ou mouvement lié aux intérêts rwandais, visant implicitement les rebelles du FRN et leurs alliés politiques.
« Je le dis et je le répète encore, ce dialogue national : prendront part à ce dialogue seulement ceux qui n’ont rien à voir avec le Rwanda », a martelé le chef de l’État.
Le président congolais a néanmoins laissé une porte de sortie étroite, exigeant une reddition morale et publique : « si tu sais que tu es au service du Rwanda et que tu veux participer au dialogue, dénonce ton passé. Tu avoues que tu as abandonné tes mauvaises pratiques pour te rassembler avec les fils et filles du pays ».
Pour justifier cette intransigeance, Félix Tshisekedi a fustigé les revendications de certains acteurs qu’il qualifie de « pantins », faisant référence à des propositions jugées farfelues et dangereuses pour la souveraineté, telles que l’élévation du kinyarwanda au rang de langue nationale ou la cogestion transfrontalière de la ville stratégique de Goma.
« Lorsqu’ils viendront dans ce dialogue-là, ils ne diront rien sur le pays, ils regardent beaucoup plus pour d’autres intérêts », a-t-il dénoncé.
La Constitution de 2006 dans le collimateur
Cette charge contre l’ingérence rwandaise a servi de tremplin au président pour justifier son grand chantier politique actuel : la révision ou le changement de la Constitution de la RDC.
S’attaquant directement à l’article 217 de la loi fondamentale actuelle, qui dispose que la RDC peut conclure des traités d’association comportant un abandon partiel de souveraineté en vue de réaliser l’unité africaine, Félix Tshisekedi y voit un piège historique.
« Vous comprenez pourquoi je suis en train de combattre cette Constitution, c’est pour ces choses-là », a-t-il confessé devant la diaspora, liant ainsi directement la réforme constitutionnelle à la sauvegarde de l’intégrité territoriale.
Place à la justice
Rompant avec la vieille tradition politique congolaise du « partage du gâteau » et du brassage militaire automatique après chaque rébellion, le président a promis que l’ère de l’impunité était « terminée ».
« Moi, je veux la paix pour mon pays, pour mon peuple, mais cette fois-ci, ça ne se fera pas sans la justice. Tous ceux qui ont fait couler le sang des Congolais, on va leur demander : pourquoi as-tu fait couler le sang des Congolais ? », a-t-il ajouté.
Félix Tshisekedi a fermé la porte aux amnisties politiques qui permettaient autrefois aux seigneurs de guerre de négocier des postes ministériels ou des commandements au sein de l’armée. « Il n’est plus question de faire le dialogue avec ceux qui ont tué des Congolais et, à la fin du dialogue, prennent aussi des postes de responsabilité et recommencent l’histoire à zéro. Là, on ne va pas faire avancer le pays. C’est terminé, ça », a-t-il tranché.
Alors que le comité d’organisation du dialogue s’apprête à dévoiler ses membres, cette sortie moscovite sonne comme un avertissement. À l’interne comme à l’international, Félix Tshisekedi durcit sa posture : la reconstruction nationale se fera dans l’unité, mais sous le signe de la justice et de l’intransigeance patriotique.






