Le renouvellement du mandat de la MONUSCO se joue désormais à Kinshasa. Ce mardi 3 novembre, le vice-Premier ministre en charge de l’intérieur, Jacquemin Shabani, a présidé une séance de travail bilatérale avec une délégation française.
La réunion s’est tenue en présence de la ministre d’État chargée des Affaires sociales, Ève Bazaiba, et d’experts des questions sécuritaires. Elle s’inscrit dans le cadre des consultations sur les enjeux sécuritaires et humanitaires en République démocratique du Congo.
Ce n’est pas une simple réunion diplomatique. C’est la troisième consultation en quinze jours entre Kinshasa et ses partenaires sur l’avenir de la MONUSCO. Le mandat actuel de la MONUSCO expire le 20 décembre 2026. Sans nouveau vote du Conseil de sécurité de l’ONU, la mission doit partir. C’est pour cela que Kinshasa s’active maintenant.
Que veut Kinshasa ?
Depuis 2023, la position de Kinshasa a changé. Le gouvernement ne veut plus d’une MONUSCO qui se retire progressivement, comme c’était prévu à l’époque. Il veut une MONUSCO qui reste, mais qui change de mission.
L’idée défendue par Shabani Lukoo est simple : moins de militaires dans les grandes villes, plus de protection dans les camps de déplacés. À Goma, à Bunia, à Djugu, des centaines de milliers de Congolais vivent dans des sites depuis des mois, sans sécurité.
La présence de la ministre Ève Bazaiba à la réunion n’est pas un hasard. Elle est là pour rappeler que le mandat n’est plus seulement militaire, il est devenu humanitaire. Les Affaires sociales veulent que la MONUSCO sécurise l’acheminement de l’aide, pas seulement les routes.
Pourquoi Paris est là ?
La France est membre permanent du Conseil de sécurité. C’est elle qui, traditionnellement, rédige le texte de la résolution sur la RDC. Si Paris n’est pas convaincue, le texte ne passe pas.
Paris veut un mandat réaliste : elle ne veut pas promettre ce que la MONUSCO ne peut pas faire sur le terrain, surtout dans les zones aujourd’hui contrôlées par le FRN et l’AFC/M23 à Goma et Bukavu.
Les échanges ont notamment porté sur le renouvellement du mandat de la MONUSCO et sur l’harmonisation des points de vue afin que ce mandat réponde aux besoins humanitaires des populations déplacées à la suite de la guerre d’agression dont est victime la RDC.
Pour Kinshasa, le futur mandat ne doit plus être un mandat général. Il doit être un mandat de protection : sécuriser les sites de déplacés à Goma, Bunia et en Ituri, et accompagner l’aide humanitaire là où des milliers de familles ont fui les combats.
Paris et Kinshasa d’accord, Goma dit le contraire
Les deux parties ont également réaffirmé leur volonté commune de maintenir un dialogue constructif et permanent sur ces questions d’intérêt commun.
Mais à Goma, le ton est tout autre. Le même jour, le Front pour la refondation de la nation (FRN) a rejeté ce renouvellement devant le chef de la MONUSCO, James Swan.
Le vice-président du FRN, Bertrand Bisimwa, a déclaré : « 28 ans après, lorsque vous faites le point des activités de la MONUSCO, vous trouvez que c’est un échec total. Nous pensons qu’un mandat de plus ne changerait absolument rien. »
Kinshasa négocie donc un mandat pour l’Est, pour une zone où l’autre partie du conflit dit qu’elle n’en veut plus. C’est ce bras de fer qui va décider du vote à New York en décembre.
Le Conseil de sécurité de l’ONU doit trancher avant le 20 décembre 2026. D’ici là, Kinshasa multiplie les consultations, à Paris comme à New York, pour obtenir un mandat qui tienne compte de la réalité du terrain dans l’Est.







