Le gouvernement congolais a haussé le ton. L’exécutif a rappelé avec fermeté, vendredi lors du Conseil des ministres, l’interdiction de toute activité militaire ou paramilitaire au sein des partis politiques. Les formations en violation s’exposent à la dissolution.
Réuni à la Cité de l’Union africaine, le Conseil des ministres a entendu le rapport du vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, sur la situation générale du pays. Le ministre a rappelé la loi du 15 mars 2004 sur les partis politiques. Ses articles 9, 21 et 31 sont clairs : toute activité à caractère militaire, paramilitaire ou assimilée est interdite au sein des formations politiques. La sanction, elle, est lourde. Un parti qui ne respecte pas cette règle s’expose à la dissolution.
Le compte-rendu, lu à la RTNC par la ministre de la Culture, Yolande Elebe, ne cite aucun parti en particulier. Mais le contexte est connu.
Un rappel dans un contexte tendu
Ce rappel du gouvernement ne tombe pas par hasard. Il intervient deux jours après une annonce qui a secoué Kinshasa. Le 3 novembre, à Paris, dans un entretien à Jeune Afrique, Moïse Katumbi a annoncé : « Nous irons à Goma rencontrer Joseph Kabila ».
Le président d’Ensemble pour la République parlait au nom de la Coalition Article 64, la C64. Cette coalition, née du conclave de Rome du 25 au 27 octobre, regroupe Katumbi, Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga.
Le lendemain, 4 novembre, le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a répondu, lui aussi à Jeune Afrique, dans un entretien mené par Stanis Bujakera. Sa position : « Personne ne peut se permettre d’aller prendre contact ou de faire mouvement vers des territoires occupés par une armée étrangère sans avoir l’accord et l’accompagnement du gouvernement ».
Shabani brandit l’article 192 du Code pénal, qui prévoit de 1 à 5 ans de servitude pénale pour toute personne qui, en temps de guerre et sans autorisation, entretient des relations avec les agents d’une puissance ennemie.
Goma, faut-il le rappeler, est sous contrôle de l’AFC/M23. Et Joseph Kabila, depuis le 12 octobre, dirige depuis Goma le Front pour la refondation de la nation (FRN), présenté par Kinshasa comme le prolongement politico-militaire de l’AFC/M23.
C’est donc dans ce bras de fer que le Conseil des ministres du vendredi 6 novembre rappelle l’interdiction des milices dans les partis. D’un côté, Kinshasa accuse Kabila d’être « le réel patron des supplétifs de l’armée rwandaise ». De l’autre, la C64 se présente comme une troisième voie, non armée, qui veut un dialogue national inclusif et défendre la Constitution.
En rappelant la loi sur les partis politiques et la menace de dissolution, le gouvernement envoie un double message à la C64, qui veut aller à Goma, et à tous les partis qui seraient tentés de s’appuyer sur une structure armée.







