Un avertissement politique solennel. Il est encore temps, pour Félix Tshisekedi, de sortir par la grande porte, prévient le sénateur Salomon Idi Kalonda Della, qui demande au président de la République, arrivé fin mandat, de retirer la controversée proposition de loi sur le référendum actuellement en examen au Sénat après son adoption par les députés nationaux, pour préserver l’unité du pays, choisissant ainsi la « patrie plutôt que le pouvoir ».
Figure politique majeure de la RDC, SK Della s’est exprimé dimanche au nom de sa « conscience » républicaine, cherchant à transcender les clivages partisans pour s’ériger en garant de l’intérêt supérieur de la nation. Dans une lettre ouverte adressée au chef de l’Etat, il a affiché un refus catégorique du changement de la Constitution de 2006 à travers la loi sur le référendum.
Le proche collaborateur de l’opposant Moïse Katumbi soutient que la Constitution de 2006 est le texte fondateur qui a ramené l’équilibre et la légitimité à Kinshasa après des années de guerres civiles. Selon lui, rompre ce « pacte » pour des motivations qu’il qualifie d’« intérêts personnels », faisant allusion à la possibilité pour le président de briguer un troisième mandat en 2028, va plonger le pays dans un vide juridique et politique.
Ainsi, a-t-il averti que cette fragilisation interne donnera un prétexte parfait aux puissances extérieures et rébellions pour concrétiser la balkanisation de la RDC, sous le prétexte historique que le pays serait « trop grand pour être gouverné ».
Dans sa lettre, Kalonda a placé le chef de l’État face à un dilemme moral et historique : soit passer en force et être retenu par l’histoire comme celui qui a détruit les acquis démocratiques de la RDC. Soit retirer la proposition de loi controversée pour préserver l’unité du pays, choisissant ainsi la « patrie plutôt que le pouvoir ».
L’héritage Tshisekedi
Le sénateur a mis le président de la République face à son propre nom et à l’héritage de son père biologique, Étienne Tshisekedi wa Mulumba, figure historique de l’opposition contre la dictature. Il a qualifié la démarche de la majorité de « parjure » et de « trahison », dénonçant le fait que le pouvoir actuel reproduise exactement les dérives autoritaires qu’il combattait autrefois.
Pour lui, la Constitution du 18 février 2006 qu’il a inscrite dans la trajectoire tumultueuse de l’histoire du pays, n’est pas un simple texte juridique, mais le fruit du compromis de Sun City qui a mis fin à une guerre civile meurtrière. Modifier ce texte, avertit-il, revient à briser le consensus national et à réactiver les dynamiques de confiscation du pouvoir observées sous les régimes précédents.
Dans la foulée, il a balayé l’argument des partisans de la révision qui s’inspirent des pays voisins ayant modifié leurs lois pour prolonger les mandats des dirigeants. Il a qualifié cela de sophisme dangereux, rappelant la spécificité de la RDC (taille, diversité, convoitises extérieures). Selon lui, l’autoritarisme centralisé provoque inévitablement des rébellions au Congo, et l’objectif réel derrière cette loi est d’ouvrir la voie à un troisième mandat.
Le contre-pouvoir du Sénat
En rappelant que le Sénat est la « gardienne des provinces », Kalonda a exhorté ses collègues parlementaires à ne pas se comporter en simple « chambre d’enregistrement » qui valide aveuglément les projets du pouvoir. Il a fait une référence historique à l’ancien président du Sénat, Kengo wa Dondo, pour rappeler que le pouvoir législatif a déjà su, par le passé, bloquer des initiatives présidentielles jugées dangereuses pour la cohésion national.
Le cadre du parti Ensemble pour la République est catégorique : le projet de changement constitutionnel constitue un danger existentiel pour l’intégrité de la RD. Par conséquent, il a demandé instamment au président de renoncer à cette initiative pour sortir par la « grande porte ».






