Favorable au dialogue visant à juguler la crise politico-sécuritaire qui frappe de plein fouet la République démocratique du Congo (RDC), le mouvement politique 3R (Rupture, Refondation et République) exige un cadre préparatoire consensuel, global, inclusif, transparent et indépendant.
Alors que le temps presse, la crise s’enlise. Félix Tshisekedi, voulant contrôler le dialogue de bout en bout, risque de compliquer davantage les choses. Le format institué par le chef de l’Etat est rejeté par la quasi-totalité des parties prenantes.
A l’instar de la principale coalition de l’opposition C64, 3R refuse un processus sous tutelle du président de la République. En effet, le chef de l’Etat, considéré par l’opposition et une partie de la société civile comme faisant partie du problème, a mis en place un comité d’organisation préliminaire sous son autorité. Il est chargé de prendre toutes les dispositions matérielles et logistiques ainsi que de mettre en œuvre tous les préalables indispensables à la préparation et à la tenue du dialogue national.
Dans une déclaration faite lundi 14 septembre, 3R a dénoncé la concentration excessive des pouvoirs entre les mains de Félix Tshisekedi. « De la désignation des membres et de la coordination à leur révocation, du financement à l’encadrement de la communication, l’architecture retenue ne garantit ni l’indépendance, ni l’équilibre, ni la crédibilité d’un véritable dialogue national », a fustigé Giress Nyembo, coordonnateur provisoire de ce mouvement politique, qui estime que le président de la République ne peut être à la fois partie prenante, initiateur, organisateur, arbitre et contrôleur du processus censé déterminer l’avenir collectif de la nation.
Selon l’ordonnance présidentielle, le comité est composé des personnalités désignées par le président de la République. Il comprend un coordonnateur, un coordonnateur-adjoint ainsi que des membres. Il lui est rattaché un secrétariat technique composé de onze experts désignés par le président Tshisekedi, avec pour mission de l’assister dans l’accomplissement de ses missions.
3R y voit une dérive préoccupante : le dialogue, au lieu d’être l’espace souverain de recherche d’un compromis national, risque de devenir un instrument de maîtrise du calendrier politique par le pouvoir.
« Nous refusons également qu’un dialogue national serve à fabriquer un consensus de circonstance, à légitimer des décisions déjà arrêtées ou à confisquer la souveraineté politique du peuple congolais », a-t-il souligné.
Non à un dialogue de façade
Un non catégorique. 3R s’oppose à un dialogue dont les règles, les participants, les moyens et la communication sont placés sous le contrôle d’un seul camp. « Le Congo n’a pas besoin d’un dialogue de façade », prévient Giress Nyembo, exigeant un cadre préparatoire consensuel, global, inclusif, transparent et indépendant, associant toutes les composantes représentatives de la nation et garantissant l’égalité des participants.
Dans son ordonnance, Félix Tshisekedi a indiqué que le comité exerce sa mission sous l’autorité directe du président de la République. Il lui rend régulièrement compte de l’évolution de ses travaux par l’entremise de son directeur de cabinet, notamment au moyen des notes d’étape, des séances, de briefing ou de rapports circonstanciés. Et les orientations du président de la République sont communiquées au comité par son directeur de cabinet.
Lancé fin août, le processus du dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État risque d’accoucher d’une souris, tant Tshisekedi jouant au maître des horloges et les opposants agitant la rue pour atteindre leurs objectifs. Dans cette guerre d’ego, où chaque partie refuse de faire un compromis par peur de paraître faible, la RDC, lui, se dirige vers l’abîme.








