« L’Ituri ne peut rester un cimetière à ciel ouvert sous le regard passif de l’Etat », a tonné l’élu de l’Ituri Gratien Iracan qui, dans une lettre ouverte adressée au président de la République, Félix Tshisekedi, a réclamé des poursuites judiciaires contre le gouverneur militaire de cette province sous état de siège depuis mai 2021, Johnny Luboya Nkashama, « pour manquement grave à son obligation de protection des civils ».
Déjà en janvier 2020, l’ONU avait prévenu que les meurtres, viols et autres violences visant notamment la communauté Hema en Ituri pourraient présenter des éléments constitutifs de « crime contre l’humanité ». Selon Gratien Iracan, les résultats de l’enquête de terrain menée sur les crimes commis dans le territoire de Djugu, entre juin et juillet 2025, mettent en lumière « l’absence manifeste d’intervention » des forces armées de la RDC et des casques bleus de l’ONU.
Dans sa missive au chef de l’Etat, il a réclamé notamment le « limogeage » du gouverneur militaire et l’arrestation de tous les commandants d’unités déployées dans les localités touchées. Alors que Kinshasa ne semble se focaliser que sur la crise sécuritaire qui sévit au Nord et Sud-Kivu, Iracan a fait remarquer à Félix Faure qu’abandonner l’Ituri, « c’est accepter la dislocation de notre unité nationale et la banalisation du crime de masse ». Le sang a trop coulé dans cette partie nord-est de la RDC. Remonté, l’élu de Bunia a souligné que l’heure est à l’action, à la justice et au respect du serment de protection de chaque Congolais.
« Ces crimes ciblés, principalement contre les membres de la communauté Hema, ont été perpétrés en présence, et parfois à proximité immédiate des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et de la Mission des Nations unies (Monusco), dans un contexte où le groupe armé criminel CODECO opère depuis plusieurs mois dans une province sous état de siège depuis 5 ans. Les témoignages recueillis font état de massacres de civils, exécutions sommaires, pillages, incendies volontaires, déplacements forcés et autres violations graves, crime contre l’humanité et du droit international humanitaire. Plusieurs indices concordants pointent vers une absence manifeste d’intervention, voire des complicités présumées, malgré la proximité des forces loyalistes et onusiennes. Face à la gravité des faits et à l’inaction persistante des autorités compétentes, je vous demande solennellement : le limogeage immédiat du gouverneur militaire de l’Ituri, général Johnny Luboya Nkashama, actuellement à Kinshasa ; la mise en accusation du gouverneur militaire pour manquement grave à son obligation de protection des civils ; l’arrestation et la traduction en justice de tous les commandants d’unités déployées dans les localités touchées ; l’ouverture d’une enquête indépendante nationale et internationale sur les complicités militaires présumées ; la mise en place d’un dispositif militaire crédible garantissant la protection effective des populations et le rétablissement de la confiance civilo-militaire », a-t-il écrit dans sa lettre.
Des crimes commis en Ituri sont notamment, selon lui : Atteintes au droit à la vie, atteintes à l’intégrité physique et à la dignité humaine, utilisation excessive ou illégale de la force par des forces armées régulières, violations du droit à la sécurité et à la protection contre la violence, Violations du droit à un recours effectif et à la justice ; atteintes aux droits économiques et sociaux ; atteintes aux droits des femmes et des enfants ; violations du droit à la vérité et à la mémoire.
Dix missions d’enquête menées par le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme en RDC (BCNUDH) ont établi que, de décembre 2017 à septembre 2019, au moins 701 personnes ont été tuées, 168 blessées et 142 victimes de violences sexuelles, dans le contexte de tensions interethniques entre les communautés Lendu et Hema notamment, dans les territoires de Djugu et de Mahagi. D’après l’ONU, la majorité des victimes sont des membres de la communauté Hema.
Les enquêteurs onusiens ont observé, à partir de septembre 2018, une organisation et une planification grandissante des vagues d’attaques menées par des assaillants Lendu visant des Hema et des membres d’autres groupes ethniques, tels que les Alur.




