Le président de l’Alliance pour le changement, Jean-Marc Kabund est sorti de ses gonds pour interpeller directement le président Félix Tshisekedi. Au cœur de cette charge : les propos tenus par le chef de l’État depuis la Russie concernant la situation judiciaire du leader de l’ADD Congo, Prince Epenge, liée au décès de son agent de sécurité Manassé Lomboto.
Alors que le chef de l’Etat soutient que Manassé Lomboto est mort de maladie, rejetant catégoriquement les accusations de l’opposition qui imputent son décès à une attaque à la machette attribuée à des militants du parti au pouvoir (UDPS-Tshisekedi), Kabund a apporté sa part de verité, contredisant le président Tshisekedi.
Jouant la carte de la confrontation directe avec les versions officielles, Jean-Marc Kabund place le pouvoir face à ses propres responsabilités en invoquant son propre témoignage oculaire. Il affirme avoir vu de ses propres yeux Manassé Lomboto participer à la marche en question.
Sans peur d’être contredit, l’opposant atteste l’avoir aperçu quelques minutes seulement avant l’agression à la machette survenue devant le siège de l’UDPS. Pour rétablir les faits, Kabund se dit prêt à déposer officiellement devant la justice.
Une mise en garde contre « l’injonction politique ».
Pour Jean-Marc Kabund, l’intervention publique du président de la République sur une affaire judiciaire en cours constitue une dérive inacceptable.
L’ancien proche allié de Tshisekedi dénonce ce qu’il apparente à une pression exercée sur la balance de la justice.
« En vous exprimant publiquement sur une affaire qui relève désormais de l’appréciation des juges, vous prenez le risque de transformer vos déclarations en une véritable injonction politique adressée aux magistrats chargés d’instruire le dossier », s’insurge Kabund dans son message relayé sur les réseaux sociaux.
L’opposant rappelle au chef de l’État que dans un État de droit, le président doit incarner le premier rempart de l’indépendance de la magistrature, et que le principe de réserve s’imposait à ce stade de la procédure.
Le spectre de la désinformation
Au-delà de la question juridique de Prince Epenge, liée aux suites tragiques de la mort du militant Manassé Lomboto lors d’une marche de l’opposition, Kabund pointe un mal plus profond au sommet de l’État : l’édification d’une bulle artificielle autour du président.
Il accuse certains collaborateurs et services de sécurité de livrer une version aseptisée et fausse de la réalité, notamment en niant qu’un décès ait eu lieu lors de la manifestation, afin de flatter les convictions du chef de l’État.
« À force de vouloir vous plaire, ils vous désinforment, vous isolent de la réalité et vous installent dans une dangereuse illusion. Or, aucune opération de communication ne peut effacer les faits, encore moins faire disparaître la vérité », a-t-il prévenu.
Cette sortie de Jean-Marc Kabund survient dans un climat politique déjà sous haute tension, marqué par les récents soubresauts autour de la coalition de l’opposition et les tracasseries judiciaires visant des figures de la contestation comme Prince Epenge, dont l’interpellation à l’aéroport de N’djili a ravivé les craintes sur les libertés publiques en RDC.










