« Nous avons l’armée, la police, l’ANR et la rue », en roue libre, Fils Mukoko, membre du parti présidentiel (UDPS-Tshisekedi), menace d’armer les jeunes pour en découdre avec « la Belgique et les Occidentaux » qu’il accuse d’avoir coalisé avec l’ancien chef de l’Etat congolais, Joseph Kabila « pour balkaniser la RDC ».
Avant de passer à l’assaut, un « méga sit-in » sera organisé dans les prochains jours devant l’ambassade belge à Kinshasa, a-t-il annoncé lors d’une conférence de presse, alors qu’une brouille diplomatique oppose la République démocratique du Congo et la Belgique à la suite de perquisitions menées par la justice belge chez des proches du président Félix Tshisekedi, incitant Kinshasa à geler les contacts entre sa présidence et l’ambassade belge.
À la prise de Goma par le M23 et l’armée rwandaise en janvier 2025, plusieurs ambassades occidentales ont été attaquées à Kinshasa, provoquant l’ire de la communauté internationale. Aujourd’hui, Mukoko veut en faire pire : « Nous allons distribuer les armes même dans des terrains de football. Nous allons distribuer les armes même dans des églises. Nous allons distribuer les armes même dans des universités ».
Ces propos incendiaires placent Kinshasa dans une situation délicate et périlleuse face au Rwanda et son allié Joseph Kabila. D’ailleurs, le vice-président du FRN, Bertrand Bisimwa, en a profité pour accuser le gouvernement congolais d’avoir transporté plusieurs miliciens « de l’est du pays vers Kinshasa pour semer la mort et la désolation parmi le personnel diplomatique des ambassades occidentales accréditées à Kinshasa ».
En voulant défendre le régime, Fils Mukoko risque de produire un effet pervers, pouvant aller jusqu’à l’isolement diplomatique. Les ennemis de la République pourraient convaincre les partenaires occidentaux de retirer leur soutien politique au gouvernement congolais. Pire, faire en sorte que l’Occident soutienne activement les opposants armés ou des pays voisins en conflit avec la RDC.
Le membre de l’UDPS-Tshisekedi ignore complètement la Convention de Vienne de 1961, traité international de référence qui codifie les règles des relations entre États. Son article 22 garantit l’inviolabilité des locaux de la mission diplomatique.
Face à ces menaces graves, la RDC a le devoir spécial de prendre toutes les mesures appropriées pour protéger les locaux contre toute intrusion, dommage, perturbation de la paix ou atteinte à la dignité de la mission.
Dans sa réaction, le porte-parole du gouvernement congolais, qui a condamné fermement ces propos, a reconnu qu’inciter la population à de tels actes, « c’est tomber dans le piège de l’ennemi et compromettre les efforts déployés par le président de la République, le gouvernement et nos partenaires y compris la Belgique pour le retour de la paix dans les parties du pays sous occupation ».
Ouverture d’une enquête judiciaire
Le ministre de la Justice a annoncé, dans un communiqué, qu’il a enjoint au procureur général près la Cour de cassation d’ouvrir une enquête judiciaire.
« La gravité de ces allégations justifie que les faits soient examinés avec diligence par les autorités judiciaires compétentes. La liberté d’expression est constitutionnellement consacrée en République démocratique du Congo. Elle ne saurait cependant servir de prétexte à la menace, à l’intimidation ou à la mise en danger de la vie d’autrui. Dans un État de droit, toute allégation de cette gravité doit être vérifiée par la justice, dans le strict respect de la loi et des droits de chacun », a déclaré Guillaume Ngefa.
Le garde des sceaux a assuré, par ailleurs, que le gouvernement congolais reste déterminé à assurer la sécurité des personnes et des biens, à préserver l’ordre public et à garantir le respect de la légalité, dans le cadre des compétences respectives des institutions de la République.









