La ministre du Genre, famille et enfant, Micheline Ombae Kalama, a proposé ce jeudi 5 novembre à Kinshasa la mise en place d’un pacte national Femme, paix et sécurité afin de renforcer la participation des femmes aux décisions politiques, aux négociations de paix et aux mécanismes de sécurité en République démocratique du Congo (RDC).
Cette proposition a été formulée à l’occasion de la commémoration du 26e anniversaire de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies, consacrée au rôle des femmes dans la prévention et la résolution des conflits ainsi que dans la consolidation de la paix.
Adoptée le 31 octobre 2000 par le Conseil de sécurité des Nations unies, la Résolution 1325 est la première résolution qui reconnaît officiellement que les guerres frappent différemment les femmes, et que la paix ne peut se faire sans elles.
Pour la RDC, c’est un instrument stratégique majeur, et chaque 31 octobre, le ministère du Genre, à travers le Secrétariat national permanent 1325, fait le bilan de son Plan d’action national.
Ce que promet le pacte proposé à Kinshasa
Dans sa déclaration, la ministre a proposé la mise en place d’un pacte national Femme, paix et sécurité, fondé sur les exigences d’une participation effective des femmes aux décisions, aux négociations et à la vie publique, une protection renforcée et un accès effectif à la justice, ainsi qu’un financement conséquent des initiatives féminines.
Le pacte proposé repose sur quatre priorités qui sont de renforcer la participation des femmes aux décisions et aux négociations de paix, d’améliorer leur protection et leur accès à la justice, de garantir un financement durable des initiatives féminines et de mettre en place un mécanisme rigoureux de suivi-évaluation aux niveaux national et provincial.
La ministre a également évoqué les progrès réalisés par la RDC dans la mise en œuvre de la Résolution 1325, notamment la création du Secrétariat permanent national 1325, l’élaboration du Plan d’action national de troisième génération et la mise en place de mécanismes provinciaux de coordination. Elle a notamment cité la nomination de Judith Suminwa Tuluka comme première femme à occuper le poste de Première ministre en RDC, une étape historique franchie pour la première fois depuis 2024.
Les chiffres mis en avant par la ministre le 31 octobre à Kalemie, dans le Tanganyika, lors de la célébration du 26e anniversaire de la Résolution 1325, montrent une progression réelle sur le papier. Selon elle, la représentation des femmes au sein du gouvernement est passée de 15 pour cent à 34 pour cent, elle est de 25 pour cent dans la magistrature, de 12 pour cent au sein de la Police et de 32 pour cent dans les initiatives de paix. Sur le terrain, cette dynamique se traduit par le renforcement des capacités de milliers de femmes en médiation, la mise en place de comités locaux de sécurité, de mécanismes d’alerte précoce et le recrutement de plus de 1 500 jeunes femmes au sein des FARDC, avec un objectif de 20 000 femmes militaires.
Au niveau provincial, sept provinces dont la Tanganyika ont déjà élaboré leurs Plans d’action provinciaux 1325, et la ministre a encouragé les autres provinces à s’inscrire dans cette dynamique en 2027. Elle a également indiqué que la mobilisation des femmes congolaises a abouti à l’élaboration d’un cahier des charges unique reprenant leurs principales préoccupations et leurs revendications, en vue de leur participation effective au processus de paix et au dialogue inclusif en cours dans le pays. Elle a enfin réaffirmé l’engagement du gouvernement à poursuivre ses efforts pour la mise en œuvre effective de l’Agenda Femmes, Paix et Sécurité, en déclarant qu’une paix négociée sans les femmes est une paix incomplète, et qu’une reconstruction qui exclut les femmes est une reconstruction fragile.
À Goma, les femmes de la base disent le contraire
Mais à Goma, le même jour, les femmes de la base racontent une autre réalité. Le 3 novembre à Goma, au Nord-Kivu, lors de la commémoration du 26e anniversaire de la Résolution 1325 sous le thème Paix, cohésion sociale et riposte Ebola, Émilie Katondolo, coordonnatrice de la Synergie des femmes pour les victimes des violences sexuelles et membre de la Coalition Jeunesse, paix et sécurité, a plaidé pour une meilleure représentation des femmes, notamment celles de la base, dans les instances décisionnelles et les initiatives liées à la paix. Elle a déclaré que la femme de la base doit également avoir la possibilité de s’exprimer et d’apporter ses idées sur les questions relatives à la paix dans notre pays.
Le 2 novembre sur Radio Okapi, Isabelle Pendeza, défenseure des droits humains, a été encore plus directe en affirmant que les femmes n’ont représenté que 10 pour cent des participants aux négociations et processus de paix, et qu’on parle des négociations alors que la paix ne peut pas se négocier sans les femmes. Annie Matundu, consultante en genre, a pointé le 3 novembre à Kinshasa trois défis qui limitent encore l’efficacité de la Résolution 1325, à savoir la faible appropriation de la résolution par les acteurs, le manque de financement et l’absence d’alignement sur le budget national, car il n’existe pas de ligne budgétaire dédiée à la mise en œuvre de l’Agenda Femmes, Paix et Sécurité.
La question qui se pose aujourd’hui est donc de savoir si ce pacte national va vraiment changer la donne, ou s’il va s’ajouter à une longue liste de documents déjà existants. Vingt-six ans après la Résolution 1325, la RDC en est à son Plan d’action national de troisième génération, elle dispose d’un Secrétariat permanent 1325, elle a lancé en juin 2026 le projet Facilité 1325 avec Expertise France sur trois ans, et pourtant les femmes de Goma disent toujours qu’elles ne sont pas à la table des négociations. Le Mouvement Rien Sans les Femmes, qui regroupe des organisations féminines congolaises, exige d’ailleurs 30 pour cent de femmes dans le dialogue national qui s’annonce. C’est ce chiffre, et non les déclarations, qui permettra de juger si le pacte proposé ce jeudi est un vrai changement ou un nouveau papier. Une paix qui se négocie à Kinshasa, à Londres ou à Washington, sans les femmes qui vivent la guerre à Goma, à Bukavu et à Bunia, restera une paix incomplète.







