Bujumbura n’a pas ébranlé la détermination de l’opposition congolaise à faire échec à ce qu’elle qualifie de « coup d’Etat constitutionnel » attribué au président Félix Tshisekedi à la suite de son initiative de changement constitutionnel. Fermement résolue à remporter la confrontation, la C64 maintient sa « grande marche pacifique » du 22 juillet, dont le point de chute à Kinshasa est le Palais de la nation, pour exiger la démission du chef de l’Etat, qui a « violé son serment constitutionnel ».
Après des discussions avec le président de l’Union africaine, Evariste Ndayishimiye, les leaders de la C64 ont décidé de réactiver la rue. Pour Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Matata Ponyo, il n’est pas question de suspendre les actions citoyennes ni d’engager un dialogue tant que Félix Tshisekedi n’aura pas renoncé publiquement et définitivement à son projet de changement de Constitution qui, selon l’opposition, divise la nation et menace le pays de balkanisation.
« Après le succès de la journée ville morte du 3 juin et du sit-in historique du 12 juin, la C64 appelle toutes les Congolaises et tous les Congolais à participer massivement à la grande marche pacifique du 22 juillet 2026 vers le Palais de la Nation. Cette marche dira non au coup d’État constitutionnel, non à la confiscation de la souveraineté populaire, non à la guerre permanente et à la mauvaise gouvernance. Elle dira oui au respect de la Constitution, oui à la paix, à la justice et à l’alternance démocratique. Elle exigera enfin la démission de Monsieur Felix Tshisekedi parce qu’il trahi son serment constitutionnel », a déclaré la C64 devant la presse à Kinshasa, ce jeudi 9 juillet 2026.
Bien que déterminée à en découdre avec Félix Tshisekedi dans la rue, l’opposition n’exclut cependant la voie de pourparlers. Elle a assuré qu’elle demeure pleinement disponible pour un dialogue « véritable, sincère et inclusif ». Toutefois, la C64 exige des actes préalables de bonne foi.
« La décrispation politique exige également la libération des prisonniers politiques, la fin des poursuites judiciaires à caractère politique, le respect des libertés publiques et le rétablissement de l’État de droit. On ne construit pas un dialogue sous la répression ni dans la violation permanente de la Constitution. Le président Évariste Ndayishimiye a pris acte de cette position et a indiqué qu’il la transmettrait fidèlement au monsieur Félix Tshisekedi dans le cadre de ses efforts de médiation », a déclaré Jean-Marc Kabund au nom de la Coalition article 64.
Une crise systémique
Le pouvoir et l’opposition n’ont pas la même compréhension de la crise qui sévit en RDC. Si pour le gouvernement, elle est sécuritaire, la C64 invoque une « crise systémique » : crise militaire et sécuritaire, crise de gouvernance, crise de légitimité des institutions et crise constitutionnelle.
Pour les opposants, réduire cette crise au seul conflit armé dans l’est explique largement l’échec des initiatives précédente.
« Les processus de Nairobi, de Luanda, de Doha et de Washington ont principalement abordé les dimensions militaires et diplomatiques sans traiter simultanément les causes politiques et institutionnelles de la crise. À cette situation s’est ajouté le projet de changement de la Constitution engagé par Monsieur Félix Tshisekedi alors que le pays est en guerre et qu’une partie du territoire est occupée. Cette initiative ouvre un dangereux front politique au moment où la Nation devrait être unie pour défendre son intégrité territoriale », a expliqué la C64, rappelant qu’on ne sauvera pas la République démocratique du Congo en traitant uniquement les conséquences de la crise tout en refusant d’en affronter les causes profondes : la guerre n’est pas la cause de la crise congolaise; elle en est la conséquence la plus tragique.
Réaffirmant son engagement en faveur de la défense de l’ordre constitutionnel, de l’intégrité territoriale, de la paix, de la démocratie et de l’État de droit, l’opposition a souligné que sa lutte est menée pour sauver la République, défendre la Constitution et préserver l’avenir de la nation.
« Dans l’attente de toute nouvelle évolution, nous appelons le peuple congolais à demeurer uni, vigilant et pleinement mobilisé », a-t-elle lancé, assurant qu’elle va dialoguer, malgré les critiques, notamment de la famille politique de l’ancien chef de l’Etat Joseph Kabila, avec tous ceux qui recherchent sincèrement la paix, mais refusant de transiger sur la Constitution, l’État de droit et la souveraineté du peuple congolais.









