Alors que la RDC, présidente en exercice du Conseil de sécurité de l’ONU, cherche à combler « un vide juridique » international concernant la gestion globale et la souveraineté sur les ressources naturelles, la Russie, un des 5 membres permanents, ne souscrit pas à une telle initiative, estimant que le problème « ne réside pas là », mais dans la perpétuation délibérée de foyers d’instabilité par ceux qui en tirent des avantages politiques et économiques.
Moscou se dit « convaincu » que le Conseil de sécurité ne devrait pas débattre d’approches générales en la matière, mais plutôt se concentrer sur les situations nationales et régionales propres à chaque pays.
Lors de la réunion informelle des membres du Conseil de sécurité de l’ONU sur le thème : « Lacunes normatives dans le domaine des relations entre les ressources naturelles et le maintien de la paix : fondements et perspectives », organisée lundi 13 juillet 2026 par la RDC, Dmitry S. Chumakov, représentant permanent adjoint de la Fédération de Russie auprès des Nations Unies, a précisé que le sujet choisi est « extrêmement sensible » pour la quasi-totalité des pays, car il touche à des questions de souveraineté et, plus généralement, à l’avenir auquel chaque pays peut aspirer.
Dans le contexte de la crise sécuritaire dans l’est de RDC, caractérisée notamment par le pillage des ressources naturelles, le pays de Vladimir Poutine juge « erroné » de considérer les ressources naturelles comme la cause première des conflits.
Selon Moscou, les conflits ne résultent pas de la présence ou de l’absence de ressources minérales, mais de l’instabilité politique, de la faiblesse des institutions étatiques, des activités terroristes et d’autres facteurs, parmi lesquels, comme au Moyen Âge, l’ingérence extérieure dans les affaires intérieures des États souverains devient de plus en plus flagrante.
« C’est précisément le désir de certaines élites d’établir un contrôle sur les ressources naturelles d’autres États qui est à l’origine d’un nombre important de conflits. Ce désir devient souvent le moteur des politiques agressives menées depuis des décennies par les anciennes puissances coloniales. Sous divers prétextes, qu’il s’agisse d’« exporter la démocratie », de « protéger les droits de l’homme » ou d’autres beaux slogans politiques, elles poursuivent souvent un objectif purement égoïste : garantir un accès sans entrave aux ressources naturelles. En réalité, il s’agit là d’une manifestation flagrante de néocolonialisme. L’histoire récente regorge d’exemples similaires. Penchons-nous sur les approches néocoloniales qui se manifestent dans plusieurs conflits sur le continent africain, notamment au Mali, au Niger et au Soudan du Sud. La situation en République démocratique du Congo le confirme également. La lutte pour l’accès aux ressources minérales stratégiques du Congo est l’une des causes de la crise qui sévit dans ce pays. Groupes armés et acteurs étatiques se disputent le contrôle de l’extraction et du commerce illégal du coltan, du cobalt, du cuivre, de l’or et des diamants. Les intérêts économiques extrarégionaux jouent un rôle prépondérant dans ces processus », a déclaré Dmitry S. Chumakov.
La solution russe
La Russie a estimé que les tentatives de résolution du conflit dans l’est de la RDC seront « vaines » tant que les pays de la région des Grands Lacs n’auront pas pris des mesures décisives et coordonnées pour lutter contre l’exploitation illégale et le trafic des ressources naturelles.
Dans la foulée, le diplomate russe a souligné l’urgence de déployer des efforts régionaux pour harmoniser les mécanismes de certification des minéraux et les réglementations des chaînes d’approvisionnement.
La position russe s’oppose à celle de la RDC, qui a indiqué que cette approche est fragmentée, privilégiant les situations nationales ou régionales et les régimes de sanctions. Clairement, Kinshasa pense que les mécanismes régionaux et internationaux existants (Processus de Kimberley, ITIE, le Guide de l’OCDE…) visant à lutter contre l’exploitation illégale des ressources naturelles sont « fragmentés, hétérogènes et insuffisamment coordonnés », ce qui en limite l’efficacité.
Pour les Russes, toute norme internationale dans ce domaine doit être élaborée exclusivement sur la base d’un large consensus international, être non discriminatoire, tenir compte du contexte national des États et ne pas créer de nouveaux obstacles à leur développement socio-économique.
« Il est prioritaire de prendre dûment en considération les intérêts des pays producteurs en développement, ce qui est indissociable de la fourniture d’une assistance technique, du transfert de technologies de pointe, y compris à des conditions préférentielles et concessionnelles, et d’un soutien financier accru visant à renforcer les capacités de transformation et la souveraineté technologique des pays producteurs. De telles approches sont totalement incompatibles avec le recours à des mesures coercitives unilatérales qui nuisent à l’attractivité des États pour les investissements, perturbent les chaînes d’approvisionnement, entravent le développement de l’industrie de transformation, limitent l’accès à la technologie et freinent considérablement le redressement post-conflit », a insisté le représentant russe.
Au regard de ce qui précède, la Russie a refusé de souscrire à la thèse d’une « lacune normative » dans la réglementation internationale des ressources naturelles en contexte de conflits armés.
« Le problème ne réside pas là, mais dans la perpétuation délibérée de foyers d’instabilité par ceux qui en tirent des avantages politiques et économiques. Il est tout aussi important de rappeler que le principe de souveraineté des États sur leurs ressources naturelles est l’un des fondements du droit international. Malheureusement, on entend aujourd’hui de nombreuses réserves à l’égard de ce principe. Toute initiative internationale, y compris les idées émergentes sur la traçabilité, doit respecter le principe de souveraineté et ne pas créer de mécanismes qui limitent le droit légitime des pays à déterminer de manière indépendante le développement, l’utilisation et la transformation de leurs propres ressources », a souligné Dmitry S. Chumakov.
La RDC a placé la gouvernance des ressources naturelles au centre de son agenda diplomatique. Profitant de sa présidence tournante du Conseil de sécurité de l’ONU, Kinshasa a initié des débats internationaux visant à poser les bases d’une future résolution pour faire de ses minerais un levier de paix plutôt qu’un moteur de conflits.
Le pays de Félix Tshisekedi a fait le constat qu’il existe un vide juridique international concernant la gestion globale et la souveraineté sur les ressources naturelles. Lors d’une réunion organisée lundi, la cheffe de la diplomatie congolaise a plaidé pour un cadre normatif plus harmonisé.
Kinshasa pousse, à travers son initiative, les Nations Unies à aller au-delà de la simple traçabilité des minerais et instaurer des principes juridiques internationaux garantissant que l’exploitation des ressources profite équitablement aux pays producteurs et à leurs populations.






