L’Angola et la République démocratique du Congo (RDC) ont décidé de faire de leur frontière « non pas une ligne de séparation, mais un espace de circulation, de production, de coopération et de prospérité ». Le président congolais a assuré mercredi à Kinshasa que les deux pays partagent la même ambition : faire de leur proximité géographique un puissant levier pour la paix, l’intégration économique et une prospérité partagée au bénéfice de leurs peuples.
Dans la capitale congolaise, Félix Tshisekedi et son homologue angolais João Lourenço ont examiné les principaux axes de la coopération bilatérale Kinshasa-Luanda. A cette occasion, une étape majeure a été franchie avec la signature du contrat de concession de la ligne ferroviaire Dilolo-Sakania, composante essentielle du tronçon congolais du corridor stratégique de Lobito.
« Longue d’environ 1 004,5 kilomètres, cette ligne reliera Dilolo à Sakania, desservant notamment Kolwezi, Tenke et Lubumbashi, au cœur de la zone minière, industrielle et agricole de notre pays. Cette concession prévoit la mobilisation d’un investissement indicatif de près de 1 258 millions de dollars américains. Ces ressources seront consacrées aux études, à la réhabilitation, à la modernisation, à l’extension, à l’exploitation et à la maintenance de la ligne. La durée d’exploitation est fixée à 30 ans. À l’issue de cette période, l’infrastructure sera transférée à l’État congolais selon les modalités prévues au contrat », a expliqué le chef de l’Etat congolais, qui a précisé que le financement du projet et les risques liés au trafic seront assumés par le concessionnaire, sans garantie souveraine, sans subvention d’exploitation et sans garantie de revenu minimum de la RDC.
Kinshasa et Luanda ne veulent pas construire un simple corridor pour l’évacuation des matières premières. Ils ambitionnent de bâtir un corridor de production, de transformation et de création de valeur.
Les deux pays ont pensé un corridor capable de transporter des minerais, certes, mais aussi des produits agricoles, des intrants industriels, des hydrocarbures, des conteneurs, des biens de consommation et des passagers. Un corridor qui stimule la transformation locale, favorise l’industrialisation, attire les investissements et contribue à la diversification de nos économies.
« Avec le président João Lourenço, nous nous sommes engagés à œuvrer pour une interconnexion ferroviaire fluide et sûre de bout en bout entre Sakania, Lubumbashi, Kolwezi, Dilolo, Luau et le port de Lobito. Nos gouvernements doivent désormais accélérer l’harmonisation des opérations ferroviaires, la coordination de la maintenance, la transparence des tarifs, la simplification des formalités douanières, le partage des données et l’amélioration du poste frontière de Dilolo-Luau », a indiqué Félix Tshisekedi, soulignant que la RDC et l’Angola entendent accompagner le développement du corridor de Lobito d’infrastructures complémentaires : des liaisons routières transfrontalières performantes, un poste frontière intégré, des ports secs et des plateformes logistiques, des zones industrielles, la fibre optique, ainsi que des solutions énergétiques adaptées.
Les gouvernements congolais et angolais ont également planché sur les hydrocarbures. Dans ce domaine, ils sont convenus de donner une nouvelle impulsion politique à la mise en œuvre de la zone d’intérêt commun entre les deux pays et d’accélérer la finalisation des accords relatifs à l’approvisionnement par SONANGOL.
« Nos ministres et experts doivent poursuivre ce travail avec diligence, dans un esprit de partenariat équilibré, de transparence et d’intérêt mutuel. Dans le secteur de l’électricité, nous réaffirmons notre engagement à accélérer l’achèvement des interconnexions déjà identifiées entre nos deux pays, afin de faciliter l’approvisionnement en électricité des régions congolaises qui en ont besoin, notamment le Grand Katanga, et de finaliser les instruments destinés à garantir la stabilité de cet approvisionnement. L’énergie est une condition indispensable à l’industrialisation », a déclaré Félix Tshisekedi, prévenant que leurs ambitions ferroviaires, minières, agricoles et industrielles ne pourront se réaliser pleinement sans une coopération énergétique à la hauteur de leur importance.
Une nouvelle ère de coopération vient donc d’être inaugurée. La signature de cette concession n’est pas une fin en soi, a tempéré Félix Tshisekedi, estimant qu’elle marque le début d’une responsabilité partagée. Ainsi, a-t-il exhorté les deux gouvernements à passer désormais des intentions aux réalisations, des accords aux infrastructures et des engagements aux résultats.





