« Les véritables FDLR poursuivis par le Rwanda s’appellent coltan, cassitérite. » C’est par cette déclaration choc que Patrick Muyaya a résumé, à Londres, les vraies raisons de la guerre en République démocratique du Congo. Pour le porte-parole du gouvernement, la guerre qui dure depuis novembre 2021 n’a rien à voir avec la Constitution. C’est une guerre de prédation.
À Londres, le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, s’adressait à des Congolais de la diaspora réunis dans la capitale britannique. Il était accompagné de son collègue Julien Paluku. Il voulait, dit-il, expliquer à ses compatriotes les vraies raisons de la guerre et la nécessité, pour tous les Congolais épris de paix, de soutenir les efforts du président de la République.
« Les véritables FDLR poursuivis par le Rwanda s’appellent donc coltan, cassiterite etc… », a lancé Patrick Muyaya devant son auditoire à Londres. Par cette formule, le porte-parole du gouvernement entend dire que la traque des Forces démocratiques de libération du Rwanda, invoquée par Kigali pour justifier sa présence dans l’Est congolais, ne serait qu’un prétexte. Le véritable objectif, selon Kinshasa, serait le contrôle des minerais.
40 tonnes à 2 millions, la preuve de Rubaya et Kalehe
Pour étayer son propos, il cite l’évolution de la production de coltan attribuée au Rwanda. Une production qui, selon lui, est passée de 40 tonnes en 1994 à plus de deux millions aujourd’hui. Une production qui, affirme-t-il, provient en réalité de Rubaya, de Kalehe et d’autres sites miniers situés en République démocratique du Congo.
Le chiffre mérite d’être pris au sérieux, mais il mérite aussi d’être précisé. Ce que Kinshasa dénonce depuis des années, et que plusieurs rapports internationaux ont documenté, c’est un mécanisme de transit. Le coltan extrait à Rubaya, dans le Masisi, ou à Kalehe, dans le Sud-Kivu, sort de la RDC par des circuits informels, avant d’être enregistré ailleurs comme production nationale. C’est ce décalage entre les capacités minières réelles du Rwanda et les volumes qu’il exporte qui alimente la thèse de Kinshasa.
C’est ce chiffre qui donne du poids à l’argument congolais. Si le Rwanda poursuit vraiment des combattants, pourquoi sa production de coltan a-t-elle explosé en même temps que son intervention dans l’Est ? C’est la question que Muyaya pose, sans la formuler, à Londres. Pour lui, la réponse est dans les mines, pas dans les forêts où se cacheraient les FDLR.
En novembre 2021, il n’y avait pas de débat sur la Constitution
En novembre 2021, au moment de la reprise des combats du M23, le débat politique à Kinshasa portait sur les élections, sur l’état de siège et sur la réforme électorale. Le débat sur la révision ou le changement de Constitution n’est arrivé que bien plus tard, en 2024, quand il a commencé à être porté par la majorité elle-même.
« Lorsque cette guerre a commencé en novembre 2021, il n’y avait pas de débat sur la constitution. Les motivations de cette guerre n’ont rien à voir avec le débat sur la constitution ou une quelconque volonté de la défendre », a déclaré Patrick Muyaya.
En ce sens, le discours de Muyaya à Londres met en parallèle deux prétextes. Le prétexte des FDLR, utilisé à l’extérieur pour justifier la guerre. Et le prétexte de la Constitution, utilisé à l’intérieur pour justifier la prise des armes. Dans les deux cas, selon Kinshasa, le prétexte est arrivé après la guerre, pas avant. Présenter aujourd’hui la guerre comme une conséquence du débat constitutionnel revient à inverser la cause et l’effet.
Patrick Muyaya estime que l’enjeu est ailleurs. Il parle de la survie même du pays et d’une guerre de prédation destinée, selon lui, à poursuivre le pillage systématique des richesses congolaises.
La trahison des Congolais, la force des agresseurs
Patrick Muyaya a également évoqué la responsabilité des Congolais eux-mêmes dans la durée de ce conflit. « C’est la trahison des Congolais qui a toujours fait la force des agresseurs », a-t-il affirmé, sans nommer de personnes en particulier.
Depuis trente ans, chaque agression contre la RDC s’est appuyée sur des complicités internes, politiques, militaires ou économiques. Sans ces relais congolais, aucun prétexte, ni celui des FDLR ni celui de la Constitution, n’aurait pu tenir. Sans ces relais, aucune rébellion venue de l’extérieur n’aurait pu tenir Goma, Bukavu ou Rubaya. En le disant à Londres, devant la diaspora, Muyaya envoie un message à l’intérieur comme à l’extérieur : l’ennemi n’est pas seulement de l’autre côté de la frontière.
Le diagnostic est clair, la chronologie est juste, le dossier économique est documenté. Mais le diagnostic ne suffit plus à Goma, à Beni ou à Rubaya. Après cinq ans de guerre, la question que les Congolais de l’Est posent n’est plus de savoir pourquoi on leur fait la guerre. C’est de savoir quand elle s’arrête, et par quels moyens concrets. Sur ce point, le discours de Londres ne donne ni calendrier, ni méthode pour reprendre les zones minières dont il parle.







