Cantine-Aloya, une nuit qui a tout brisé. Le territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu, s’est réveillé ce vendredi avec un nouveau bilan lourd. Selon OCHA, le bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, des dizaines de civils ont été tués dans la nuit de jeudi à vendredi.
Dans la localité de Cantine-Aloya, les sources locales parlent d’au moins 30 civils tués en une seule nuit. Selon le communiqué de l’ONU, « des maisons ont été incendiées et un centre de santé a été détruit ; plusieurs patients ont trouvé la mort lors de cet incident ».
À Beni, les habitants connaissent ce scénario par cœur. Une attaque la nuit, des familles qui fuient, des maisons qui brûlent, et le lendemain, on compte les morts. Mais cette fois, à Cantine-Aloya, l’attaque a fait quelque chose de plus. Elle a brisé ce qui permettait de sauver des vies face à une autre menace, invisible, mais tout aussi mortelle, Ebola.
Quand la violence tue la santé
Selon le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Stéphane Dujarric, « des collègues humanitaires des Nations Unies signalent que l’insécurité a également perturbé la riposte à Ebola. Des personnes ayant été en contact avec des malades auraient fui un centre d’observation, tandis que les équipes d’intervention ont été contraintes de suspendre leurs opérations dans la région, ce qui complique le suivi des infections potentielles et le confinement de l’épidémie ».
Il faut comprendre ce que cela veut dire sur le terrain. Quand une personne qui a été en contact avec un malade d’Ebola fuit un centre d’observation, on perd sa trace. On ne peut plus vérifier si elle développe les symptômes. On ne peut plus l’isoler à temps. On ne peut plus protéger sa famille et son village.
Et quand les équipes d’intervention doivent suspendre leurs opérations, c’est tout le système de suivi qui s’arrête. Le suivi des infections potentielles devient impossible. Le confinement de l’épidémie devient impossible. Chaque heure perdue à Cantine-Aloya, c’est une porte ouverte pour que le virus circule en silence.
À ce jour, selon le communiqué, « les autorités ont recensé plus de 10 700 cas confirmés et plus de 5 200 décès. » Derrière ces chiffres, il y a des familles, des villages entiers qui vivent dans la peur de deux menaces à la fois. La violence armée, et le virus. À Beni, on ne choisit pas entre les deux. On les subit en même temps.
L’appel de l’ONU que personne n’écoute
Face à cette situation, l’ONU ne se contente pas de constater. Elle lance un appel très clair : « L’ONU réitère son appel à toutes les parties pour qu’elles protègent les civils, respectent le droit international humanitaire et garantissent un accès sûr et sans entrave aux personnels humanitaires et de santé. »
Cet appel n’est pas une formule diplomatique. Il veut dire une chose très concrète. Laisser les soignants travailler. Laisser les humanitaires passer. Ne pas attaquer les centres de santé. Ne pas tuer des patients dans leurs lits. Le droit international humanitaire protège les civils, il protège les blessés, il protège les centres de santé, même en temps de guerre.
« La poursuite des violences coûte non seulement des vies civiles, mais compromet également les efforts déployés pour contenir l’épidémie », a souligné l’ONU.
À Beni, on compte deux fois les morts
Les habitants de Cantine-Aloya vont enterrer leurs morts, reconstruire leurs maisons, essayer de reprendre une vie normale. Mais les équipes de santé, elles, vont devoir tout recommencer. Retrouver les contacts qui ont fui. Reprendre le suivi là où il s’est arrêté. Convaincre à nouveau des populations traumatisées de faire confiance aux centres d’observation.
À Beni, on ne compte plus seulement les morts des attaques. On compte aussi les morts qu’Ebola va faire parce qu’on n’a pas pu les soigner à temps. Et tant que les centres de santé seront des cibles, tant que les humanitaires ne pourront pas circuler librement, la région restera prisonnière de cette double peine, la violence et l’épidémie, l’une nourrissant l’autre.







