Trois ans de travaux forcés et cinq ans d’inéligibilité. Une décision de la Cour de cassation qui a l’effet d’un coup de tonnerre politique. L’ex-ministre de la Justice, Constant Mutamba, avec cette peine, ne peut prétendre à une candidature lors de l’élection présidentielle congolaise prévue constitutionnellement en décembre 2028.
Son avenir politique est, selon plusieurs analystes, grandement compromis. Et pourtant, du ministère de la Justice au prononcé de la peine par la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire de la RDC, Constant Mutamba a vu sa cote de popularité grimper, un atout dont il devrait se servir lors de prochaines joutes s’il n’était pas privé de ses droits civiques et politiques.
Surfant sur le populisme, l’ancien garde des sceaux a réussi, tout au long de son procès, à s’attirer la sympathie d’une frange de la jeunesse qui a défendu sans ménagement « son innocence » alors que la justice a établi sa culpabilité.
La Cour de cassation a rendu sa décision mardi 2 septembre 2025, après deux reports. Le leader du parti Nouvelle génération pour l’émergence du Congo (NOGEC) a été condamné « pour détournement » de près de 20 millions de dollars dans un projet de construction d’une nouvelle prison à Kisangani, ville située dans la partie nord-est de la République démocratique du Congo.
En violation des règles de passation des marchés publics, Mutamba a, selon la justice, prélevé cet argent sur les comptes du Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (Frivao) et a transféré la somme, le 16 avril dernier, vers un compte ouvert la veille au nom de Zion Construction.
Dans son verdict, la haute cour a jugé que ces « violations répétées » des règles de procédure et la précipitation dans la passation de ce marché avaient pour objectif de capter les fonds de l’Etat « afin d’enrichir frauduleusement la société Zion construction ».
Cette condamnation, cependant, n’enterre pas définitivement celui qui se réclame « héritier politique » de Patrice Lumumba. Comme l’a souligné Machiavel dans Le Prince, un homme politique habile sait reconnaître et exploiter les « occasions » qui se présentent, qu’elles soient liées à un échec ou à un contexte favorable, pour donner la forme qu’il juge convenable à ses ambitions.





